Une nouvelle consultation pour les ados sportifs

SantéPour éviter les blessures et prévenir l’épuisement, une structure interdisciplinaire, rattachée au CHUV, prend en charge les jeunes de 12 à 20 ans qui font du sport assidûment.

Nouvelle consultation de DISA permet aux ados sportifs d'obtenir des conseils et des soins. Dresse Anne-Emmanuelle Ambresin, Dr Stéphane Tercier et Dr Boris Gojanovic.

Nouvelle consultation de DISA permet aux ados sportifs d'obtenir des conseils et des soins. Dresse Anne-Emmanuelle Ambresin, Dr Stéphane Tercier et Dr Boris Gojanovic. Image: Odile Meylan

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«Les adolescents ne consultent en principe que rarement le médecin. C’est pourtant une période où beaucoup de modifications physiques interviennent. Lorsqu’ils font du sport régulièrement, un bilan global de leur santé est important», explique Stéphane Tercier, médecin responsable de la nouvelle consultation Ado et sport. Un programme proposé par la Division interdisciplinaire de santé des adolescents (DISA) en collaboration avec l’Unité pédiatrique de chirurgie orthopédique et traumatologique. Pour rappel, la DISA est rattachée au Département femme-mère-enfant du CHUV.

Qu’ils fassent de la compétition à haut niveau ou qu’ils soient simplement très sportifs, ces jeunes risquent blessures et épuisement s’ils ne font pas attention. «En pleine croissance, l’appareil locomoteur est fragile, poursuit le Dr Tercier. Lorsqu’un adolescent répète des milliers de fois un geste précis, dans le cadre d’une pratique sportive spécifique, il risque de provoquer des microtraumatismes sur des zones déjà très actives.»

Cette nouvelle plate-forme interdisciplinaire va permettre aux jeunes de faire un bilan médico-sportif, d’obtenir des conseils par des professionnels du sport et de la santé et d’avoir une vision globale de leur situation. «Par le passé, quand un jeune sportif venait consulter pour une blessure, le médecin se focalisait principalement sur la guérison de cette dernière. Dans le cadre de cette nouvelle consultation, nous prenons en considération la vie du jeune dans son ensemble. Comment se sent-il, est-il assez reposé, a-t-il des activités sociales suffisantes?» poursuit Stéphane Tercier.

Et la doctoresse Anne-Emmanuelle Ambresin, responsable de la DISA de préciser: «Avant la création de ce centre, certains adolescents sportifs nous étaient adressés pour des situations très problématiques. Ils pouvaient souffrir de troubles alimentaires sévères en lien avec leur discipline ou encore d’une surcharge physique et émotionnelle menant au burn-out. Lorsque les entraînements s’enchaînent malgré les blessures, lorsque la quête de résultats prime et que la vie sociale en pâtit, on est face à une forme de maltraitance.»

Respecter les besoins des ados

Voir les copains, sortir en boîte ou simplement avoir du temps pour traîner à la maison font partie des choses essentielles au bon équilibre d’un adolescent. Anne-Emmanuelle Ambresin souligne: «Le sport est bénéfique pour les jeunes lorsqu’il est pratiqué dans le respect du rythme de l’adolescent, avec un temps de repos suffisant. Il est primordial que les besoins physiologiques de ces jeunes actifs soient respectés, tout comme leurs besoins caloriques. Ils sont dans une phase de leur vie qui nécessite beaucoup d’énergie. Un corps ne peut pas être performant lorsqu’il manque d’énergie!»

«Lorsque la quête de résultats prime et que la vie sociale en pâtit, on est face à une forme de maltraitance»
Anne-Emmanuelle Ambresin, responsable de la DISA

Parmi les disciplines connues pour pousser à la perte de poids, il y a la danse, mais aussi le judo, l’aviron ou encore le saut à skis. «Parfois, les messages anorexigènes sont véhiculés par les milieux sportifs qui misent sur les résultats avant tout, explique la doctoresse. La prévention passe donc par un réel partenariat entre eux et notre nouvelle consultation. Nous souhaitons mettre en place un bon dialogue avec les milieux sportifs, les familles et l’école. Ce qui nous intéresse, c’est la promotion d’une bonne santé globale de l’adolescent qui permettra une meilleure performance sportive à long terme.»

Dans le canton de Vaud, on estime à 3500 le nombre d’adolescents qui font du sport au moins trois fois par semaine, qu’ils soient ou non inscrits dans un programme sport-études. «La majorité de ces jeunes vont très bien et bénéficient de leurs activités, rassure Boris Gojanovic, médecin du sport affilié à la nouvelle consultation Ado et sport. Ils font du sport régulièrement sans forcément évoluer à haut niveau, mais cela peut toutefois occasionner des blessures.»

Malheureusement, les médecins de premier recours consultés lors d’un pépin ne sont pas toujours formés aux problématiques spécifiques du sport. D’où l’intérêt de cette nouvelle plate-forme pour ados. Et Boris Gojanovic de préciser: «Dans les phases de développement et de croissance, c’est le plus souvent le déséquilibre entre la charge globale (entraînement, scolarité, activités sociales) et la capacité d’adaptation et de récupération du corps et de la tête qui pose problème. Cela engendre des douleurs, des blessures de surcharge ou encore de la fatigue et de la démotivation. En cas de blessure de surcharge, l’arrêt complet du sport est trop souvent prescrit. Ce qui est nécessaire, c’est l’adaptation de l’activité et la mise en place d’un entraînement de rééducation. Le repos total peut calmer les douleurs, mais il occasionne souvent une perte musculaire et la récurrence du problème à la reprise.»

Parmi les sports les plus à risque, il y a ceux qui demandent une spécialisation précoce: patinage artistique et gymnastique, entre autres. Sans oublier les sports qui cumulent un gros volume d’entraînement, comme la natation. Les sports d’équipe, avec une composante jeu bénéfique au moral, sont moins problématiques, mais les blessures accidentelles sont toutefois fréquentes.

Pour améliorer l’encadrement sportif de ces jeunes, une collaboration entre la DISA et le centre sportif de l’UNIL est en cours. «Les installations présentes à Dorigny permettront de faire des évaluations détaillées de l’état de santé des sportifs, explique le Dr Tercier. Nous adresserons à la DISA les adolescents nécessitant une prise en charge médicale. Et les jeunes qui vont bien bénéficieront à Dorigny de conseils santé adaptés à leur sport.» Le médecin se réjouit des JOJ 2020: «Une partie du concept de notre nouveau centre sera proposée pendant la manifestation. Cela permettra de montrer au monde entier la façon dont nous souhaitons encadrer médicalement la pratique sportive des jeunes.» (24 heures)

Créé: 17.12.2017, 08h14

«Mon entraîneur m’a demandé de continuer»


Alexandre Trabelsi a 18 ans et fait son gymnase à Lausanne. Il joue au football dans un club régional. «Je m’entraîne trois fois par semaine à raison de 90 minutes par entraînement. Sans oublier les matches du week-end.»

Un rythme soutenu qu’il suit depuis plus de six ans, sans trop de difficulté mais en mettant en place une organisation bien rodée pour parvenir à concilier devoirs et résultats sportifs. «Après les cours, je reste travailler à la bibliothèque plutôt que de rentrer chez moi. Je gagne ainsi du temps sur les trajets.» En début de saison, le jeune homme se blesse toutefois à la cheville gauche.

Une entorse qui ne l’empêche pourtant pas de courir encore trente minutes pour terminer le match en cours… «Je n’ai pas vraiment arrêté le football après cette blessure. Le physiothérapeute du club m’a dit que je pouvais continuer tout en protégeant ma cheville. Mon entraîneur a tenu le même discours vu que la fin du championnat arrivait.»

Ce n’est qu’en allant consulter à la DISA, qu’un médecin lui conseille d’arrêter pendant un temps, histoire de laisser guérir sa blessure. Alexandre s’est mis au fitness cet hiver et s’oblige à ne pas jouer au football en salle comme il en a pris l’habitude une fois la saison terminée. Il va être suivi par la nouvelle consultation Ado et sport. Il espère retrouver les terrains en pleine forme l’an prochain.

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