De nouvelles pistes pour faire manger de l’iode aux Suisses

SantéLa consommation de sel des Suisses doit baisser et l’adjonction d’iode pourrait se faire sur d’autres supports

Les fromages utilisés pour les études de iode ont été fabriqués par l’Agroscope dans sa fromagerie expérimentale à Liebefeld.

Les fromages utilisés pour les études de iode ont été fabriqués par l’Agroscope dans sa fromagerie expérimentale à Liebefeld. Image: DR

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«Des huîtres? berk, non merci!» Les Suisses sont peu attachés aux produits de la mer et leur apport en iode, ce précieux oligo-élément qui régule les hormones thyroïdiennes, est assuré par une mesure de santé publique bientôt vieille de près d’un siècle: le sel iodé.

Même si sur l’alpage (et ailleurs), les problèmes de goitre et de crétinisme ont disparu, même si, depuis 1922, le sel de cuisine iodé constitue la majorité du sel vendu dans le commerce par des producteurs qui jouent le jeu de l’utiliser, les carences demeurent. Selon un rapport de l’Office de la sécurité alimentaire (OSAV), 14% des femmes en Suisse sont concernées et risquent de développer une hypothyroïdie. Les femmes enceintes, elles, doivent doubler leur apport quotidien pour éviter des dommages neurologiques irréversibles au fœtus.

Augmenté par palier depuis 1922, le taux d’iode ajouté dans le sel aura bientôt atteint sa limite légale de 30 mg par kilo (partis de 3,75 mg, nous sommes passés l’année dernière à 25 mg). Sans compter que les Suisses devraient réduire leur consommation de sel de moitié, selon les recommandations de l’OMS. «Cela nous ramènerait cent ans en arrière!» estime Vincent Dudler, chef de la division évaluation des risques à l’OSAV.

Depuis peu, ses services étudient de nouvelles pistes pour faire manger de l’iode aux Suisses. Les produits d’origine animale sont au premier rang. Si nos sols sont pauvres en iode, le fourrage et les animaux le sont aussi, et, pour maintenir ces derniers en bonne santé, les agriculteurs enrichissent les fourrages avec des suppléments d’iode… qui passent ensuite dans le lait. «C’était une bonne source pour l’humain, mais elle est insuffisante», estime Vincent Dudler. Chargé de faire de nouvelles propositions, son service étudie plusieurs aliments. Des recherches sont ainsi en cours pour établir le taux moyen d’iode dans le lait en Suisse. Les échantillons sont prélevés dans les grands sites de production, d’Elsa à Estavayer aux sites d’Emmi en Suisse alémanique.

Un autre vecteur est à l’étude pour faire gober de l’iode aux Suisses: le fromage, évidemment! Depuis dix ans, les producteurs ont renoncé à utiliser de la saumure contenant de l’iode, pour favoriser leur export (la France, notamment, interdit l’ajout d’iode dans les produits). «Or c’est une source excellente d’iode», estime Vincent Dudler, dont les services étudient désormais comment les différents fromages réagissent à la maturation dans de la saumure iodée.

Dans un troisième temps, l’OSAV examinera un dernier candidat: les graisses. Car même impopulaires, le beurre et la margarine sont des produits de première nécessité largement consommés par la majorité de la population, soit le profil idéal pour une «mule» à iode. «Le processus est plus complexe, mais on serait capable d’ioder des graisses de manière efficace. Car l’iode n’est pas éternel dans le sel, il a tendance à disparaître, mais il serait fixé définitivement dans les graisses.» Le chimiste pense être à même de faire des propositions d’ici une année. Dans 3 à 5 ans, une nouvelle étude sur l’iode dira s’il faut prendre des mesures additionnelles. «Nous serons alors prêts, confie-t-il, avec notre théorie du lait, du fromage ou des graisses.»

Créé: 16.01.2015, 10h22

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