La perle rare qui opère les bébés in utero

CHUVA 43 ans, David Baud, un des deux chirurgiens du fœtus en Suisse, devient le nouveau chef du service d’obstétrique du CHUV. Il pense qualité et sécurité pour les futures mères romandes.

L'un des deux seuls spécialistes suisses de la chirurgie foetale, David Baud n’a pas attendu sa nomination pour lancer des projets novateurs au CHUV

L'un des deux seuls spécialistes suisses de la chirurgie foetale, David Baud n’a pas attendu sa nomination pour lancer des projets novateurs au CHUV Image: Odile Meylan

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«On m’a parfois reproché mon jeune âge. Ça se corrigera tout seul avec le temps. A 43 ans, j’ai l’avantage d’avoir plus de vingt ans pour réaliser des projets, et construire l’avenir d’une obstétrique pour ma région», explique David Baud, tout juste nommé à la tête du service d’obstétrique du no uveau département femme-mère-enfant (DFME) du CHUV (lire encadré)

Le papa de jumeaux de trois mois n’a toutefois pas attendu cette nomination pour lancer différents programmes au CHUV. A l’instar de celui de chirurgie fœtale mis sur pied à Lausanne en 2013 avec l’appui financier de la Loterie Romande. Formé à Paris et à Toronto dans ce domaine très spécifique, David Baud a tout de suite voulu faire profiter les Vaudois de ses nouvelles compétences. «Le professeur qui m’a pris sous son aile au Canada voulait que je reste exercer là-bas, mais je suis un pur produit vaudois et j’avais envie de revenir de là où j’étais parti. Et de rendre à mon canton et aux Vaudois ce qu’ils m’avaient permis d’apprendre.» Aujourd’hui en Suisse, seuls deux médecins pratiquent la chirurgie in utero. Luigi Raio, de l’Inselspital de Berne, et David Baud. Les confrères coordonnent leurs agendas afin de ne pas être en vacances ou en déplacements en même temps. Mais lorsqu’ils sont les deux au travail, ils opèrent ensemble car ce type d’intervention est très délicat et nécessite une concentration extrême.

Infections de la grossesse
Syndrome du transfuseur-transfusé chez les jumeaux (ndlr: l’un se nourrit trop aux dépens de l’autre), tumeur sur un fœtus ou dans le placenta font partie de cas qui nécessitent une chirurgie in utero et dont s’occupe ce binôme. Mais les compétences de David Baud ne s’arrêtent pas là. «Un des défis pour notre département est de pousser encore davantage la recherche. Je souhaite que le CHUV devienne un centre de référence de la recherche sur les infections pendant la grossesse. Aujourd’hui, 50% des cas de fausses couches ou d’accouchements prématurés restent inexpliqués. C’est un grand mystère pour la médecine.»

Le laboratoire dans lequel il travaille a mis au point, l’été dernier, un registre international compilant tous les cas d’infection au virus Zika. Transmis à l’homme par un moustique, ce virus est à l’origine de cas de microcéphalie chez les nouveaux-nés. «Même si les cas de Zika en Suisse sont pratiquement inexistants, c’est en comprenant comment agit ce virus que l’on peut aussi comprendre d’autres infections», explique l’obstétricien. Il souhaite aussi améliorer la formation des futurs médecins. «Le CHUV est en train de mettre sur pied un centre de simulation spécifique au département femme-mère-enfant. Il faut impérativement soumettre les étudiants à différents types de naissances problématiques. Accoucher un bébé au forceps ou qui se présente par le siège sont des gestes à exercer d’abord sur des mannequins. Nos étudiants doivent être mieux préparés à ces événements.»

Et l’enjeu est de taille. Les naissances à la maternité du CHUV augmentent régulièrement. Entre 2015 et 2016, elles sont passées de 3000 à 3300. «Nous sommes au-dessus du nombre d’accouchements estimés pour 2030, assure David Baud. Il est donc nécessaire de créer un réseau romand d’obstétrique afin que les femmes qui n’ont pas besoin du plateau technique du CHUV puissent accoucher dans un hôpital périphérique tout en sachant qu’elles seront prises en charge exactement de la même manière. Pour cela, nous allons harmoniser nos protocoles de prise en charge des patientes enceintes avec les maternités des autres régions.» Une façon de désengorger la maternité du CHUV qui accueille naturellement les Lausannoises mais fonctionne aussi comme le centre de référence pour pratiquement toutes les Romandes dont l’accouchement ou la grossesse présentent des risques – à l’exception des Genevoises prises en charge aux HUG. «Nous avons besoin de davantage de soignants pour faire face à l’explosion des activités en obstétrique et il faut adapter nos infrastructures», constate encore le médecin.

Deux innovations doivent permettre à la maternité du CHUV de souffler un peu: l’Hôtel des patients, d’une part, qui accueille désormais les femmes ayant accouché de leur deuxième ou troisième enfant sans complication; la future maison de naissance, d’autre part, qui prendra en charge celles qui veulent donner la vie de la manière la moins médicalisée possible.

Avec ses 80 heures de travail hebdomadaire, David Baud, lui, n’a que peu de répit. Pourtant, il trouve le temps de faire la Patrouille des Glaciers, entre autres sports d’endurance. «La compétition sportive m’a beaucoup appris pour mon travail de tous les jours. Dans ces courses, il y a des moments de passage à vide, où je dois puiser au fond de moi-même pour repousser mes limites physiques et psychologiques. Je me retrouve parfois dans des situations identiques au CHUV. Me dire j’y suis arrivé dans le passé alors que j’étais dans un bien pire état me donne la force de continuer.» (24 heures)

Créé: 16.01.2017, 21h29

Un seul service pour une prise en charge globale

«Lorsque l’on s’occupe d’un enfant, on s’occupe également de ses parents, de sa famille élargie. Le nouveau département va favoriser une prise en charge commune de la femme, de la mère et de l’enfant. Travailler dans ce domaine requiert une sensibilité particulière et nous serons plus efficaces en regroupant nos compétences interdisciplinaires et multidisciplinaires», explique Jean-François Tolsa, chef du Département femme-mère-enfant (DFME). Cette nouvelle structure, née le 1er janvier dernier, est issue de l’union du département médico-chirurgical de pédiatrie et de celui de gynécologie-obstétrique et génétique médicale. Le DFME compte aujourd’hui plus de 1500 collaborateurs et ceux-ci devraient augmenter dans les années à venir. «Nous souhaitons offrir une prise en charge personnalisée aux patients en s’intéressant à leur histoire, leur situation, le contexte dans lequel ils vivent.»

Et le médecin de poursuivre: «D’un accouchement non médicalisé dans notre future maison de naissance hospitalière, à une prise en charge hautement spécialisée, toutes les étapes intermédiaires sont possibles au même endroit.»

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