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Porter un masque réutilisable, une solution de dernier recours

À l’heure où la pénurie de modèles chirurgicaux fait rage, les versions en tissu sont de plus en plus recherchées. Conseils d’experts et astuces de fabrication.

Dans le monde comme en Suisse, chacun y va de son modèle de masque en tissu, le confectionnant sur la base de tutoriels trouvés sur internet.
Dans le monde comme en Suisse, chacun y va de son modèle de masque en tissu, le confectionnant sur la base de tutoriels trouvés sur internet.
AFP

Depuis que le mot déconfinement est sur toutes les lèvres, chacun se demande comment se protéger du virus dans des lieux publics où la foule risque de revenir. La question du masque, ou plus particulièrement du manque de masques chirurgicaux, inquiète et pousse les pays européens à apporter des propositions de solutions supplémentaires à la distanciation sociale. En Allemagne, dès la semaine prochaine par exemple, le masque deviendra obligatoire dans les transports publics de plusieurs länder. Le premier ministre français Édouard Philippe a, lui, aussi annoncé qu’il en serait probablement de même dès le 11 mai en précisant que les usagers auraient à disposition des modèles en tissu et lavables. En Suisse, par contre, l’OFSP campe sur sa position. Il a réaffirmé mercredi qu’il «ne prévoit pas d’obligation générale de porter un masque. Garder ses distances et se laver les mains restent les mesures les plus efficaces pour se protéger.»

Solution de secours

Pour le médecin adjoint du Service de médecine préventive hospitalière du CHUV, Bruno Grandbastien, le port d’un masque en tissu est uniquement «une solution de secours dans des conditions de protection particulière. La méthode la plus efficace reste la distanciation sociale.» Il insiste sur la différence entre un modèle chirurgical et artisanal. «Le premier est à usage unique et se porte entre 3 et 4 heures. Il répond à un cahier des charges normé. Il protège de l’intérieur vers l’extérieur et sa capacité de filtration va de 95 à 98% selon les modèles. Certains, déperlants, protègent aussi de l’extérieur à l’intérieur. C’est un outil qui répond aux besoins des soignants dans les EMS, les hôpitaux et les cabinets. Le modèle en tissu n’est soumis à aucun cadre normatif et n’est pas à usage unique. Sa qualité va dépendre du tissu utilisé.»

Depuis le début de la crise du Covid-19, une foule de tutoriels pour confectionner soi-même son masque a fleuri sur la Toile. Le médecin conseille de s’inspirer, de préférence, de ceux dessinés par des milieux hospitaliers (voir infographie). Pour que la filtration soit optimale, il recommande d’utiliser un coton tissé serré avec plusieurs couches. «Au minimum deux afin de pouvoir y glisser à l’intérieur une pièce filtrante à usage unique, comme une lingette électrostatique qui accroche les particules et que l’on trouve dans les commerces.» Éviter aussi les modèles avec une couture verticale entre le nez et le menton, car cela provoque une zone de fragilité supplémentaire qui sera moins filtrante. Les masques en tissu ont toutefois deux points faibles qui n’ont pas encore de solutions: «Comment les laver et combien de fois sans altérer leur qualité filtrante. Les virus sont en général détruits à température élevée, donc il faudrait les passer en machine au minimum à 60°C. Et ne pas les porter au-delà de 2 à 3 heures car ils vont vite saturer en vapeur d’eau et devenir mouillés. Idéalement, on devrait en avoir au moins 7 ou 8 exemplaires et les laver après chaque utilisation.»

Initiative française

La France est l’un des pays européens à avoir déjà poussé un peu plus loin l’expérience du masque en tissu. «L’Association française de normalisation (Afnor) a détaillé un cahier des charges de fabrication d’un modèle réutilisable. De même, un consortium d’industriels du textile associé à un CHU met à disposition un guide de fabrication précis à des acteurs qui s’engagent à le confectionner à prix coûtant. Il s’agit ici de masques répondant au même régime normatif que les masques chirurgicaux», explique Bruno Grandbastien.

À Genève, Marc Bähni, le patron d’une boutique de prêt-à-porter sur mesure, a mis sur pied en quelques jours l’association Swiss Mask (swissmask.org). Avec pour but de produire un maximum de modèles en tissu réutilisables et vendus à prix coûtant, d’abord pour un EMS, et désormais pour le grand public. «Nous nous sommes inspirés de tutoriels proposés par les milieux hospitaliers européens», précise Justin Cornut, responsable communication. Leur version est composée de trois couches de coton serré. Ils ont choisi une forme en trapèze avec trois plis verticaux qui créent du volume pour le visage. Autre particularité: une fine bande de métal sur le haut du masque aide à bien le serrer sur le nez. Les attaches sont des élastiques qui s’accrochent derrière les oreilles. «Les nôtres ne sont pas trop larges (5 mm) et assez souples de manière à ce que cela reste confortable.» Et de préciser: «Notre produit offre une barrière mécanique limitant les projections de salive mais n’est pas une alternative aux règles de sécurité sanitaire en vigueur dans le pays.» Côté nettoyage, il préconise un passage en machine à 95°C ou de faire bouillir le masque dans de l’eau durant 30 minutes et de ne pas le porter plus de 4 heures.

Hygiène des mains

Ceux qui préfèrent le bricolage à la couture pourront s’inspirer d’un autre modèle imaginé par le pharmacien vaudois François Rouiller. Il détaille toutes les étapes de fabrication sur son blog (mascovid19.com). Son look ressemble à un masque de protection respiratoire composé d’une coque au centre et de deux filtres positionnés de chaque côté du visage. «Cela permet de limiter au maximum les échanges d’air avec l’environnement extérieur. Je l’ai imaginé avec du matériel que l’on peut avoir chez soi. C’est une solution de secours pour ceux qui n’auraient pas d’autres options. Il peut dépanner pour des contacts rapprochés et sur une courte durée.»

Il n’existe à ce jour aucune étude scientifique avec suffisamment de recul pour certifier l’efficacité des masques artisanaux, rappelle Bruno Grandbastien. Ni qui démontre qu’ils préviennent la transmission de virus respiratoires. Le constat est qu’ils ne peuvent pas être mauvais. Et qu’un bout de tissu sur le visage est toujours mieux que rien du tout. «Le masque évite de disperser devant soi des particules virales. Il protège donc les autres. Il faut en parallèle avoir une hygiène des mains irréprochable et éviter de toucher son masque qui doit être positionné de manière à couvrir le nez, la bouche et le menton», conclut le spécialiste.

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