«Poussons médecins et infirmières à collaborer»

SantéUn programme novateur et primé de la Haute Ecole de la Santé La Source fait travailler main dans la main, en Inde et en Chine, des étudiants en soins infirmiers et en médecine

Madeleine Baumann, doyenne des Affaires internationales de l'Institut et Haute Ecole de la Santé La Source (Lausanne). Image: FLORIAN CELLA

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Evolution du système de santé oblige, médecins et infirmières sont amenés à collaborer de façon toujours plus étroite. L’Institut et Haute Ecole de la santé La Source devance le mouvement. Depuis 2014, l’institution réunit des étudiants en soins infirmiers et des étudiants en médecine de l’UNIL autour d’un projet de recherche, bien loin des contrées vaudoises, en Inde ou en Chine. Chaque année, trois semaines durant, des groupes composés de futurs médecins en troisième année et d’infirmières bouclant leur travail de bachelor mènent ensemble une recherche sur une problématique de santé de leur choix. Le nombre de postulations pour cette Immersion communautaire interprofessionnelle (IMCO) subventionnée par le Canton ne cesse de croître. Une ode au rapprochement primée par l’Académie suisse des sciences médicales et défendue par Madeleine Baumann, doyenne des Affaires internationales à l’Ecole La Source.

– Pourquoi réunir à l’étranger les infirmières et les médecins de demain?
– Pour développer des compétences en recherche tout en expérimentant la collaboration interprofessionnelle. L’un des défis des participants à ce programme est de travailler ensemble, dans un contexte étranger. Les groupes infirmières-médecins n’ont pas le choix: ils doivent faire des concessions, négocier, partager leurs connaissances et apprendre à résoudre des problèmes ensemble dans un contexte non familier. Cela préfigure l’évolution de la profession.

– En quoi ce programme est-il précurseur?
– Si l’on veut offrir des soins de bonne qualité à un prix correct, il est indispensable que les professionnels collaborent de la façon la plus efficiente possible. Les étudiants en médecine rapportent souvent qu’avant leur départ, ils ignoraient que les infirmières faisaient de la recherche et possédaient des savoirs étendus. Les «forcer» à se côtoyer dès la formation de base ouvre des perspectives intéressantes, ne serait-ce que pour la mise en commun des regards. Prenons l’exemple des soins autour de la naissance en Inde. L’infirmière va se demander dans quelles conditions vit la famille en vue du retour à domicile: lieu de vie, salaire du père… Le médecin, lui, va s’intéresser au calendrier de vaccination et au nombre de calories que le bébé doit avoir. Il se rend ainsi compte que pour planifier l’alimentation d’un nouveau-né, il faut connaître son cadre de vie.

– Plus largement, quels sont les bénéfices professionnels d’une expérience à l’étranger?
– Les recherches démontrent que toutes les infirmières doivent avoir des compétences interculturelles: travailler avec des gens qui ont des valeurs différentes, un réseau différent, une façon différente de communiquer et de répondre au stress. Ces compétences sont plus solides si elles sont acquises dans le cadre d’une immersion.

– Concrètement, en quoi cette expérience sera utile aux infirmières dans leur pratique en Suisse?
– Elles réalisent qu’il existe dans le monde de grandes différences dans la pratique de leur métier (la relation soignant-soigné, la gestion de la douleur, la place des proches). Parfois, l’usage veut que ce soit le père de famille qui décide pour le patient, sans que ce dernier soit consulté. Autre exemple: poser le bébé sur le ventre de la mère tout de suite après l’accouchement est impensable pour certaines femmes. Cette expérience pousse les infirmières à s’interroger. Elles penseront à demander aux patients d’origine étrangère comment les choses se déroulent chez eux, à leur expliquer notre façon de faire, puis à trouver un compromis. Les stages à l’étranger permettent aussi aux étudiants d’observer concrètement l’évolution de leur rôle et l’intérêt d’une pratique dite «avancée». Dans certains pays comme le Brésil ou les Etats-Unis, les infirmières prescrivent depuis longtemps des médicaments. Une nouvelle relation infirmières-médecins est en train de se dessiner. Y réfléchir durant leur formation sensibilise les étudiants à ce qu’ils vont vivre plus tard et les motive à participer activement à ce changement de culture. (24 heures)

Créé: 23.01.2017, 22h13

Déléguer les gestes pour faire des économies

Avec la complexité croissante des traitements médicaux, le succès de la prise en charge repose désormais sur une plus grande interprofessionalité. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) liste les bienfaits d’une collaboration accrue: amélioration de la qualité et de la continuité des soins, satisfaction plus grande pour toutes les parties et meilleur contrôle des coûts.

Le professeur Jean-Bernard Daeppen est responsable, pour la Faculté de médecine de l’UNIL, du module d’immersion communautaire évoqué ci-dessus. Il ajoute que le réseautage renforcé est une clé pour faire face à deux défis de notre système de santé: le vieillissement de la population et la pénurie de médecins généralistes. «Il faudra trouver des solutions pour pallier le manque de médecins de premier recours. L’un des grands enjeux est donc de déléguer une partie de ce que font les médecins aux infirmières. Cela nécessite une importante coordination des soins. Les deux métiers vont changer considérablement.»

La pression économique et la charge administrative croissante ont laissé peu de place à l’interprofessionalité ces dernières années, regrette un membre du comité central de la FMH dans le dernier numéro de Spectra, le magazine de l’OFSP. Dans le domaine des soins infirmiers, la pratique avancée et la délégation n’en sont qu’à leurs prémices en Suisse, contrairement à l’Amérique du Nord. «A l’hôpital, le monde infirmier et le monde médical cohabitent mais sont historiquement très distincts, explique le prof. Daeppen. C’est un peu la séparation historique entre, d’un côté, les médecins et, de l’autre, les infirmières à leur service.

Ces deux mondes vont devoir se rapprocher davantage. Faire travailler ensemble des étudiants en soins infirmiers et en médecine au moment de la formation est non seulement novateur mais politiquement important.»

A la clé: des économies pour le système de soins, dont les coûts ne font qu’exploser. «Déléguer une partie de ce qui est fait par le médecin à l’infirmière permettra d’économiser car le médecin est le maillon le plus cher de la chaîne, détaille le prof. Daeppen. Par ailleurs, cette délégation favorise le maintien à domicile et évite donc des hospitalisations.»

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