Un quart des opérations anti-obésité échouent

SantéLe CHUV lance une étude inédite pour affiner les indications à la pose d’un by-pass.

Environ 500 Vaudois se feraient poser chaque année un by-pass gastrique. Le réseau cantonal de prise en charge est de plus en plus étoffé. Ici: le Centre du métabolisme de l’Hôpital intercantonal de la Broye, qui mesure la condition physique des personnes en surpoids.

Environ 500 Vaudois se feraient poser chaque année un by-pass gastrique. Le réseau cantonal de prise en charge est de plus en plus étoffé. Ici: le Centre du métabolisme de l’Hôpital intercantonal de la Broye, qui mesure la condition physique des personnes en surpoids. Image: CHRISTIAN BRUN - A

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On n’a encore rien trouvé de mieux que la chirurgie pour traiter l’obésité morbide. «La pose d’un by-pass réduisant la taille de l’estomac est aujourd’hui la seule solution pour faire perdre du poids rapidement à un jeune de 20 ans qui pèse 190 kilos, par exemple», confirme le professeur François Pralong quelques jours après l’inauguration du Centre de l’obésité du CHUV.

Ce constat, le chef du Service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme de l’hôpital vaudois le tire à regret. Vingt-cinq pour-cent des patients de sa consultation reprennent leurs kilos après être passés sur le billard, subissant en plus les effets secondaires de l’opération. Ne pourrait-on pas mieux faire? Aux quatre coins du globe, les spécialistes s’interrogent.

Manque cruel de données

«Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, insiste le professeur Pralong. Ce taux d’échec de 25% ne doit pas occulter le fait que 75% des gens se portent bien. Mais cela fait tout de même beaucoup de personnes que l’on n’aurait pas dû opérer.»

Il n’existe qu’une seule indication pour la pose d’un by-pass: présenter un indice de masse corporelle (poids divisé par la taille au carré) supérieur à 35. «C’est un critère extrêmement grossier quand on pense à la complexité de la pathologie, regrette le spécialiste. L’obésité est un trouble du comportement alimentaire – donc un trouble psychiatrique – que les patients doivent régler en tant que tel. La chirurgie n’est qu’une béquille. Nous faisons systématiquement une évaluation psychiatrique. Mais nous avons besoin de données scientifiques indiquant qui sont les mauvais et les bons candidats à la pose d’un by-pass.»

Les médecins ne disposent pas non plus d’une étude permettant de savoir si les personnes opérées se portent mieux que celles qui ne le sont pas. Ou quelle est la durée idéale de préparation. Au CHUV, elle est de quinze à dix-huit mois, alors que, dans d’autres établissements de soins, elle peut se réduire à six mois. «Est-on meilleur que les autres? Est-ce que les patients ont moins de complications s’ils sont préparés plus longtemps? On n’en sait tout simplement rien», admet le médecin.

Identifier les bons candidats

Pour affûter les armes face à ce problème majeur de santé publique, le CHUV lance une cohorte obésité Lausanne. Pas moins de 400 patients en surpoids, porteurs de by-pass ou non, seront inclus chaque année dans cette étude. «C’est, à ma connaissance, la première cohorte obésité de Suisse, souligne François Pralong. Elle nous permettra de comparer les résultats entre les personnes qui ont été opérées et les autres.»

La cohorte vise en premier lieu à identifier les bons candidats en trouvant des marqueurs à même de prédire la réponse à la chirurgie. «Je parie que le risque d’échec est lié au profil psychologique et biopsychosocial des personnes, pas à leur ADN», prédit le professeur Pralong.

Second but de l’étude: mettre au jour les facteurs qui ont conduit à l’obésité pour affiner les stratégies de prévention. «L’alimentation et l’activité physique sont absolument fondamentales, rappelle le médecin. L’idéal serait que l’industrie alimentaire et les assureurs soutiennent la prévention.»

On estime qu’environ 1800 Vau­dois obèses sont passés par la case chirurgie depuis le milieu des années 1990.

Créé: 29.09.2015, 06h45

En chiffres

56000 Vaudois sont obèses. Parmi eux, environ 8% (4500 personnes) sont susceptibles d’être opérés.

100 personnes obèses environ sont opérées chaque année au CHUV. Elles seraient 500 à l’échelle du canton, secteurs public et privé confondus.

Une épidémie liée au porte-monnaie

Non, l’épidémie silencieuse d’obésité n’est pas stabilisée, contrairement à ce que l’on a pu croire entre 2002 et 2007. Elle est même repartie à la hausse, ont révélé les chiffres publiés en 2013 par l’OFSP. «La preuve que la prévention est insuffisante», relève le Pr François Pralong.

En vingt ans, la proportion des personnes obèses a quasiment doublé, passant de 6% à 11% chez les hommes et de 5% à 9% chez les femmes. Au total aujourd’hui, 41% de la population suisse est en surpoids ou obèse (51% des hommes et 32% des femmes).

Augmentant les risques de diabète, d’hypertension et de maladies cardio-vasculaires, l’obésité est plus que jamais un problème majeur de santé publique. Sans compter le coût pour la collectivité, estimé à plus de 5 milliards par an.

Parmi les facteurs de risque: la situation socio-économique. La qualité du régime alimentaire est influencée par les moyens financiers du consommateur, démontre une recherche dont les résultats ont été dévoilés la semaine dernière par l’équipe de Pedro Marques-Vidal (CHUV). Le comportement alimentaire de 4000 Lausannois a été scruté dans le cadre de la cohorte lausannoise (CoLaus). Conclusions de l’étude: «Les personnes qui jouissent d’un niveau d’éducation élevé ont les habitudes alimentaires les plus proches du régime méditerranéen, considéré comme ayant une action préventive contre les maladies cardio-vasculaires, le diabète
et l’obésité.»

Le pays d’origine entre aussi en ligne de compte. «Malgré un niveau socio-économique relativement bas, les résidents originaires d’Italie, du Portugal et d’Espagne ont conservé des habitudes alimentaires méditerranéennes et se nourrissent plus sainement que les personnes nées en France ou en Suisse», précise Pedro Marques-Vidal.

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