La simulation médicale sauve des vies

SantéMannequins qui saignent, poupées qui respirent, faux malades. Ces outils sont réunis dans un seul centre à Genève. Reportage, cinq ans avant l’ouverture d’un bâtiment similaire à Lausanne.

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«Il ne respire plus. Vite, le bébé ne respire plus!» Ces cris d’urgence lancés par un professeur résonnent dans la salle où les étudiants en médecine et en soins infirmiers s’affairent autour du petit. Ils tentent tant bien que mal de poser le masque à oxygène sur son visage. La panique gagne certains d’entre eux. Une future infirmière se bat avec un embout qu’elle ne parvient pas à fixer correctement, une autre surveille les battements cardiaques du poupon. Fort heureusement, le bébé en question n’est autre qu’un mannequin en plastique, suffisamment sophistiqué pour avoir un rythme cardiaque et une fréquence respiratoire. Cet entraînement a lieu à Genève, au Centre interprofessionnel de simulation (CIS). Situé à un jet de pierres des Hôpitaux universitaires et de la Haute Ecole de santé de Genève, le CIS a ouvert ses portes en novembre 2013. Il dispose de 600 m2 répartis sur deux sites proches. Enseignants et étudiants n’ont que quelques centaines de mètres à parcourir pour se rendre sur l’un ou l’autre de ces sites.

Dans le canton de Vaud, pour l’instant, la Haute Ecole de la Source, le CHUV, la Faculté de médecine et la Haute Ecole de santé Vaud ont chacun leurs dispositifs de formation par la simulation. Mais un regroupement est à l’ordre du jour. A l’horizon 2021, un bâtiment entier sera dédié à la formation, 7000 m2 seront alloués à ces techniques dans le projet Campus Santé.

Pour plus d’interprofessionnalité

A l’heure actuelle, le centre genevois, petit par sa taille, est néanmoins unique en Suisse. Le CIS ne se contente pas d’apprendre aux étudiants à pratiquer des actes de soins ou médicaux. «Notre marque de fabrique est l’interprofessionnalité», explique Elisabeth Van Gessel, la directrice. Futurs médecins, infirmiers, physiothérapeutes, techniciens en radiologie, diététiciens et sages-femmes transitent tous par ce centre. Il accueille environ 2000 étudiants par année. Ils apprennent à travailler en équipe, à communiquer entre eux, même s’ils n’exercent pas la même profession. «C’est primordial pour que la prise en charge du patient soit optimale aussi bien pendant son séjour qu’après son départ de l’hôpital. Nous sommes encore trop souvent confrontés à des incidents de soins liés à une mauvaise communication entre les soignants!»

«Les futurs médecins utilisent beaucoup les patients simulés pour acquérir des compétences en communication»

Sur le site genevois de la Roseraie, trois salles permettent aux étudiants de se faire la main sur des mannequins plus ou moins sophistiqués, selon le type d’exercice à effectuer. En salle d’accouchement, Noëlle est installée sur son lit. Son ventre en plastique peut accueillir un bébé. Un moteur permet de simuler sa descente dans le bassin. Le programmateur, qui pilote l’exercice depuis une salle de contrôle, a le choix entre différents protocoles d’accouchement. Il suit les faits et gestes des étudiants sur écran grâce aux trois caméras présentes dans la salle. «Noëlle n’est pas le mannequin le plus sophistiqué qui existe, mais elle a des veines dans lesquelles on peut injecter des produits. Ses réactions physiologiques sont pilotées par le technicien qui peut également la faire parler via un micro, explique la directrice. Les mannequins sont des outils pédagogiques chers, chacun vaut plusieurs dizaines de milliers de francs. Les plus coûteux ont des réponses physiologiques et des bruits pulmonaires de meilleure qualité. Ils transpirent et ils sont dotés d’un logiciel qui reconnaît les médicaments grâce à un système de code-barres, entre autres.»

A la pause, dans le hall d’entrée, l’ambiance est décontractée. Les étudiants grignotent des œufs en chocolat. Quelques minutes auparavant, ils étaient tendus face à ce nouveau-né en détresse respiratoire. Preuve que même simulé, ce type de situation n’est pas pris à la légère.

«Les mannequins sont des outils pédagogiques chers, chacun vaut des dizaines de milliers de francs»

Parmi les autres outils de simulation présents au CIS, il y a des parties de corps en plastique et des mannequins de la taille d’un enfant. Sans oublier un réduit entier plein d’accessoires (cannes, coussins d’allaitement, bandages, faux médicaments).

Sur l’autre site du CIS, les futurs soignants se font aussi la main sur de vraies personnes. «On les appelle les patients simulés (PS)», explique Elisabeth Van Gessel. Retraités ou comédiens, ils viennent jouer aux malades selon un scénario établi. Savoir annoncer une mauvaise nouvelle à un malade, garder son calme face à une personne agressive, établir le contact avec un allophone sont autant de situations factices exercées. «Les futurs médecins utilisent beaucoup les PS pour acquérir, entre autres, des compétences en communication», continue la directrice. Et de rappeler que l’examen fédéral de médecine impose douze consultations factices essentiellement avec des PS.

Créé: 25.04.2016, 15h08

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Le Centre coordonné de compétences cliniques (C4) devrait ouvrir ses portes en 2021 sur le site des Côtes de la Bourdonnette, à Lausanne. «Le but est de regrouper sous un même toit les outils de simulation et les savoir-faire du CHUV et des hautes écoles vaudoises du domaine de la santé (HESAV, EESP, Haute Ecole de santé La Source, UNIL), explique Anne-Catherine Lyon, conseillère d’Etat. Par la même occasion, cela permettra d’augmenter la capacité de formation des futurs médecins et infirmiers.» Patients simulés, mannequins, jeux vidéo à visée pédagogique (aussi appelés serious games), simulateurs de section de corps, réalité virtuelle feront partie des outils mis à disposition des étudiants. Le C4 s’inscrit dans le projet de Campus Santé envisagé par le Canton. Doté d’une enveloppe budgétaire de 147 millions, il prévoit également la réalisation de logements pour étudiants et la création d’un bâtiment regroupant toutes les filières de la HESAV.

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