À Yverdon, l’hypnose se glisse jusqu’en salle d’opération

SantéAssociée à une anesthésie locale, la technique permet de diminuer l’anxiété et la prise de médicaments.

L’intervention a duré une petite demi-heure. Trente minutes au cours desquelles l’infirmière-anesthésiste Bernadette Berti est restée au contact de sa patiente qu’elle a plongée dans une hypnose profonde.

L’intervention a duré une petite demi-heure. Trente minutes au cours desquelles l’infirmière-anesthésiste Bernadette Berti est restée au contact de sa patiente qu’elle a plongée dans une hypnose profonde. Image: FLORIAN CELLA

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Allongée, presque totalement immobile sur son lit depuis une petite demi-heure, Annie Marguerat cligne doucement des yeux. Une fois, deux fois, trois fois. Comme elle, le bloc opératoire du centre de chirurgie ambulatoire DaisY des Établissements hospitaliers du Nord vaudois (EHNV), à Yverdon, semble sortir de sa torpeur. Jusque-là très douce, à peine audible si ce n’est de sa patiente durant tout le temps qu’a duré l’opération, la voix de Bernadette Berti se fait tout à coup plus forte.

L’infirmière anesthésiste reste au chevet de la femme qui renoue gentiment mais sûrement avec la réalité. Toujours penchée vers elle, une main posée sur son épaule, elle compte tranquillement de 1 à 5, d’une voix dont le volume monte un peu plus à chaque chiffre. À un, elle incite la patiente à prendre une respiration bien profonde. À trois, elle lui demande de recommencer à bouger les pieds et les mains. À cinq, Annie Marguerat s’exclame: «C’est surprenant, incroyable!» Un adjectif qu’elle va répéter deux fois, trois fois, comme pour se convaincre de ce qu’elle vient de traverser. «Ah purée, se réveiller comme ça, c’est extra!» Cette fois c’est sûr, elle a totalement refait surface. L’expression est tout sauf innocente, puisque quelques minutes plus tôt, son esprit nageait encore avec de jolis poissons jaunes et bleus des mers du Sud, là où elle a voulu que l’amène la transe hypnotique à laquelle elle s’est soumise pour les besoins d’une intervention chirurgicale.

Vidéo explicative réalisée par les EHNV

Comme d’autres patients des EHNV, Annie Marguerat s’est donc laissé tenter par une «expérience» dont le monde médical romand se met à parler. Dans des congrès, mais aussi dans les cabinets et au bloc opératoire. «L’hypnose médicale est une technique visant à plonger le patient dans un état de conscience modifié», explique Loïc Favre, responsable communication des hôpitaux nord-vaudois, où la pratique, lancée en août dernier, prend de l’ampleur. Combinée à une anesthésie locale, elle permet de réduire la prise de médicaments, de baisser l’anxiété pré­opératoire et de diminuer la prise d’antalgiques après l’intervention chirurgicale.

Arrivé aux EHNV il y a une quinzaine de mois, le Dr Cosimo Riccardo Scarpa accepte volontiers que les patients qu’il opère s’y soumettent. C’est d’ailleurs via une collaboration et avec deux de ses collèges, les Dr Dottrens et Gander, que l’idée a germé à Yverdon. «Des études sont conduites sur le sujet et accréditeront cela, mais la grande majorité de ceux qui ont été opérés sous hypnose se remet mieux. On ne comprend pas vraiment pourquoi, mais ils demandent à stopper la prise d’anti-inflammatoires après deux ou trois jours, alors qu’en moyenne, les patients en prennent pendant une période allant de sept à dix jours. C’est un peu comme si on débranchait la prise qui donne l’information de la douleur.»

Trouver où se ressourcer

La réaction d’Annie Marguerat, une fois transportée en salle de réveil, est éloquente. «Je n’en reviens pas. J’ai subi plusieurs interventions et c’est la première fois que je me réveille comme ça, alors que d’habitude je remonte la pente très lentement.» C’est en discutant avec ses enfants et son mari qu’elle a pris la décision d’être plongée en hypnose. «J’étais stressée, c’est dans mon tempérament, mais je ne regrette absolument pas. Et si c’était à refaire, je n’aurais aucune hésitation.» L’adhésion du patient est évidemment un élément essentiel du succès de l’opération. Et une extrême confiance doit bien entendu régner entre le patient et l’infirmière ou le médecin anesthésiste qui le guide. «C’est pour cela qu’il est souhaitable que ce soit la même personne qui assure le rendez-vous pré-anesthésique et qui soit à ses côtés au bloc», souligne Bernadette Berti. C’est à ce moment que le patient sait qu’on lui administrera des antalgiques s’il vient à éprouver des douleurs malgré l’état d’hypnose dans lequel il sera plongé. Pour Annie Marguerat, cela n’a pas été nécessaire.

Perturbée au départ par une patiente très agitée, elle avait demandé à être déplacée au calme pour se préparer au mieux à son entrée au bloc. «C’est là que je lui ai demandé des endroits où elle pourrait se ressourcer. Et elle m’a parlé d’un voyage, d’une île paradisiaque», reprend l’infirmière anesthésiste.

«Le but est d’amener le patient dans un état très profond afin qu’il n’ait plus la sensation de douleur. Mais il est impératif pour cela qu’il accepte l’hypnose»

Et c’est là qu’elle l’a rapidement menée une fois installée au bloc, l’induisant en hypnose sans cesser de lui parler et même, de temps à autre, de tapoter du bout des doigts sur son front. «Le but est d’amener le patient dans un état d’hypnose très profonde afin qu’il n’ait plus la sensation de douleur. Mais il est impératif pour cela qu’il accepte le principe», poursuit-elle. «Une fois ou deux j’ai senti quelque chose, je me suis dit que ça ne marchait pas. J’entendais vraiment bien sa voix. C’est une impression étrange parce que je pensais que je serais davantage dans les choux.

«Je suis quelqu’un de plutôt terre à terre, mais quand l’anesthésiste m’a parlé d’un escalier, je me suis immédiatement mise à le descendre»

On est obligé de fermer les yeux et les images viennent, très réelles, dès qu’elle en parle», se remémore la patiente. Et après avoir marqué une pause: «Pourtant, je suis quelqu’un de plutôt terre à terre, mais quand elle m’a parlé d’un escalier, je me suis immédiatement mise à le descendre. Et même plus vite qu’elle, j’ai l’impression.» Quelques instants plus tard, le Dr Scarpa et son équipe pouvaient débuter leur intervention.

Créé: 25.05.2019, 08h48

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La pratique s’est développée progressivement

L’hypnose se fraie petit à petit un chemin dans les hôpitaux. Notamment en Suisse romande et dans l’ouest de la France. «Mais contrairement à Yverdon, elle n’entre pour ainsi dire pas encore vraiment dans les blocs opératoires», souligne le Dr Sylvain Gander, médecin-chef du service d’anesthésie aux EHNV.

Au sein de cet établissement, l’hypnose se pratique désormais en cabinet, dans certains services, comme la pédiatrie, ou en salle d’opération. C’est le cas pour la majeure partie de la chirurgie ambulatoire, y compris de petites opérations orthopédiques, à l’exception toutefois de tout ce qui est chirurgie laparoscopique.

Mais attention, l’hypnose ne remplace pas tout produit anesthésiant. Le patient est ainsi endormi localement et tout est prêt en tout temps dans le bloc au cas où un endormissement serait nécessaire.

À Yverdon, la pratique est arrivée par une ancienne collaboratrice du service d’anesthésie, au bénéfice d’une formation réservée aux médecins et aux psychologues. «Elle l’utilisait toutefois davantage pour des consultations ambulatoires visant à soulager divers troubles tels que les phobies», reprend-il.

Lui-même intéressé, le Dr Gander suit une formation avec le Dr Dottrens. «C’est d’abord l’aspect vocabulaire et communication thérapeutique avec le patient qui m’a attiré. On voit chez nous des gens craintifs, voire terrorisés d’arriver dans un milieu qu’ils ne connaissent pas du tout. En apportant des éléments positifs, en bannissant des termes comme «douleur» ou «piqûre», on peut améliorer sensiblement cet accueil», avance-t-il.

Dans la foulée, deux infirmières anesthésistes suivent une autre formation spécifique. «Mais pour aller encore plus loin, soit jusqu’à la prise en charge sous hypnose d’un patient en salle d’opération, il nous manquait un chirurgien formé.» Une lacune qui s’est comblée rapidement après l’arrivée du Dr Scarpa, début 2018.

Quand deux patients lui ont demandé s’ils pouvaient se soumettre à l’intervention qui les attendait sans narcose, il s’est tourné vers l’équipe médico-soignante pour avoir son avis. «C’est comme ça qu’un petit programme d’hypno-sédation pour la chirurgie s’est développé.»

Dans le but d’augmenter cette offre pour les patients, d’autres médecins anesthésistes et infirmiers suivent aujourd’hui de nouvelles formations.

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