Crier est très utile en cas de danger

SciencesUne étude montre que le cri nous agresse et provoque une réaction immédiate.

Photo d'illustration/archives.

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«J’ai commencé à m’intéresser aux cris lorsqu’un ami m’a raconté à quel point les hurlements de son nouveau-né lui étaient insupportables. Il ne pouvait plus se concentrer sur autre chose.» Docteur en neurosciences, Luc Arnal travaille alors à la New York University. Avec quatre autres chercheurs, dont David Poeppel, il lance une étude pour savoir ce qui se produit dans le cerveau lorsque nous entendons des cris. Ils vont découvrir qu’une zone particulière s’active à l’écoute de certaines fréquences, perçues comme un signal d’alerte et provoquant une réaction immédiate.

Aujourd’hui chercheur à l’Université de Genève, au Département des neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine, Luc Arnal explique la nouveauté de ces résultats, publiés ce jeudi dans la revue Current Biology. «Etonnamment, peu de chercheurs se sont intéressés aux cris humains. Il n’y avait, par exemple, pas de travaux sur le cri comme signal d’alarme primordial, ni sur l’acoustique. Nous avons voulu savoir s’il y avait des signaux particuliers dans le cri, des fréquences que l’on ne trouve pas dans la parole ou la musique.»

Les chercheurs ont passé leurs journées à enregistrer des cris issus de vidéos sur YouTube et de films d’horreur, ils ont aussi enregistré des gens qui crient. Puis ils ont développé des outils d’analyse acoustique. Résultat : le cri utilise une large gamme de fréquence, entre 30 et 150 Hertz, qui lui est propre, avec des changements d’amplitude beaucoup plus rapides que dans la parole ou la chanson. Cette gamme de fréquence se retrouve dans la plupart des alarmes ou sonneries utilisées pour signaler un danger, mais dans aucun des instruments de musique testés. Quid du hard rock? «Dans certaines formes de jazz ou de hard rock, on retrouve de telles fréquences, admet Luc Arnal. Précisément quand la musique cherche à faire peur.»

Ces fréquences ont la spécificité de produire des sons dérangeants, perçus comme agressifs. Les scientifiques se sont intéressés au comportement des personnes soumises à ces sons : sans surprise, elles les trouvaient très déplaisants et réagissaient rapidement à leur écoute.

Ce constat s’est doublé d’une analyse biologique: une analyse par IRM a montré que les cris n’activaient pas la même zone cérébrale que la parole. «Les cris atteignent l’amygdale, une zone ancienne et profonde, liée au traitement du danger et l’apprentissage des réactions de peur et très importante pour la survie. La nouveauté a été de découvrir qu’elle est particulièrement sensible aux sons rugueux», relève Luc Arnal. Cela explique qu’entendre des cris provoque une sensation d’agression et suscite une réaction rapide. «Les cris nous mobilisent car ils nous indiquent un danger», résume le chercheur.

Jour après jour, nous sommes envahis par moult fréquences désagréables: le bruit des motos, des marteaux-piqueurs, mais aussi les alarmes, les sonneries de tous types, y compris dans les transports en commun. « Mieux comprendre les effets sur le cerveau de ces sons pourrait aider à améliorer notre environnement auditif, espère Luc Arnal, si nous n’utilisons les fréquences de rugosité que lorsqu’elles sont nécessaires pour signaler un danger. Cela diminuerait le stress au quotidien.»

Créé: 17.07.2015, 07h47

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