L’enfant vampire éclaire sur les croyances de la Rome païenne

Archéologie Un squelette d'enfant datant du Ve siècle, découvert en Ombrie avec une pierre placée dans la bouche, passionne les chercheurs.

«Necropoli dei bambini». Une pierre avait été introduite
dans la bouche d’un enfant mort pour éviter qu’il se nourrisse et devienne un vampire.

«Necropoli dei bambini». Une pierre avait été introduite dans la bouche d’un enfant mort pour éviter qu’il se nourrisse et devienne un vampire. Image: STANFORD UNIVERSITY

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La découverte, dans la «Necropoli dei bambini», du squelette d’un «enfant vampire» suscite la passion de l’équipe d’archéologues de l’Université d’Arizona, conduite par le professeur David Soren, qui mène en Ombrie, sur ce site de Lugnano in Teverina, des fouilles depuis 1987. Les chercheurs ont découvert une pierre entre les mâchoires du crâne d’un enfant de 10 ans. Cette pierre, porteuse des empreintes des dents de l’enfant, aurait été disposée dans sa bouche post mortem, afin de s’assurer qu’il ne puisse s’alimenter, ressusciter et s’en prendre à d’autres enfants. Le squelette reposait sur son côté gauche dans une tombe surmontée d’ardoises.

Epidémie de paludisme

Des analyses ADN ont démontré que l’enfant, dont le sexe n’a pas encore été identifié, aurait succombé à une crise de paludisme. Le placement d’une pierre dans sa bouche pourrait le désigner comme une des premières victimes de l’épidémie qui frappa l’Ombrie au Ve siècle. Au premier mort d’une épidémie, les croyances païennes affectaient la capacité fantasmée de se transformer en vampire.

Cette crainte résultait sans doute de l’observation des cadavres des victimes. Gonflés de gaz produits par des bactéries, les corps bougeaient en suggérant une reprise de la vie. L’écoulement de sang de la bouche de victimes de la peste avait, de même, fondé les légendes des «vampires buveurs de sang».

La crainte de la «résurrection de vampires» a traversé les siècles et parcouru le monde. En Pologne, des squelettes de «vampires» avaient été retrouvés en 2014 dans un site à Drawsko. Certaines victimes d’une épidémie de peste du XVIIe siècle avaient été enterrées, une faucille placée sur le cou afin qu’elles se tranchent la tête en cas de réveil. Le placement dans la bouche d’un cadavre d’une brique avait aussi été relevé chez la «vampire de Venise», décédée en 1609. La «Necropoli dei bambini» interpelle les chercheurs. L’enfant vampire est le plus âgé à y avoir été découvert. Dans les cinq salles de la nécropole, des restes de très jeunes enfants et de fœtus avaient déjà été retrouvés. Des squelettes de chiots, des griffes de corbeau, des os de crapaud ou du chèvrefeuille brûlé avaient également été découverts aux côtés de certaines dépouilles, laissent croire que des rites de purification païens furent entrepris. De nombreux corps étaient enserrés dans des sortes d’amphores.

Aucun signe religieux chrétien

Ce constat indique, pour les historiens, que la christianisation de la Rome antique n’était pas achevée et que les communautés chrétiennes se concentraient en des lieux perlés sur le territoire romain. Dans la nécropole, aucun signe religieux chrétien n’a été retrouvé.

L’existence de l’épidémie massive de paludisme qui décima l’Ombrie il y a quinze siècles pourrait aussi avoir contribué à la préservation de Rome. La renonciation inexpliquée de la descente sur Rome d’Attila et de ses Huns en 452 était rattachée par certaines chroniques épistolaires à l’existence d’une épidémie de peste à laquelle viendrait se rattacher l’épidémie destructrice de paludisme.

L’existence de cette épidémie a été certifiée par des analyses ADN des squelettes de certains des 50 enfants exhumés de la nécropole. Exécutées par l’Université d’Uppsala, elles ont révélé des restes d’ADN appartenant au parasite Plasmodium falciparum, permettant ainsi de dater l’apparition du paludisme sous sa forme mortelle dans la Rome postantique.

@ Le Soir (24 heures)

Créé: 03.11.2018, 17h18

Articles en relation

Le Musée d’archéologie et d’histoire de Lausanne se réorganise

Monnaie L’institution absorbera le Musée monétaire dès le 1er janvier. Le visiteur n’y verra pas de différence. Plus...

Une Palmyre virtuelle pour oublier l’État islamique

Exposition L’Institut du monde arabe de Paris fait revivre en 3D les cités antiques syriennes détruites par les islamistes. Grâce aux archives de l’Institut d’archéologie de l’UNIL. Plus...

La découverte d’une main de 3500 ans devant la justice

Archéologie À Prêles (BE), la trouvaille suscite l’ire du Service archéologique cantonal. Une plainte pénale a été déposée. Plus...

Une mosaïque rarissime découverte à Avenches

Archéologie Mise au jour lors de travaux, une mosaïque unique en son genre permet de mieux comprendre les faubourgs de l’antique capitale des Helvètes. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.