Passer au contenu principal

La larve qui dévore le plastique

La fausse teigne de la cire est capable de digérer et de dégrader le polyéthylène qui fait nos sacs plastique. Un espoir pour l’environnement? Il ne faut pas aller trop vite en besogne.

Connue et crainte des apiculteurs, la fausse teigne a des talents cachés. Qui pourraient s’avérer utiles. DR
Connue et crainte des apiculteurs, la fausse teigne a des talents cachés. Qui pourraient s’avérer utiles. DR
BRUNO CAVIGNAUX

Cela pourrait ressembler à un conte de fées. Un jour, un apiculteur constata que cette maudite chenille appelée fausse teigne de la cire, connue de la profession pour grignoter, au stade larvaire, les rayons des ruches et leur contenu, avait une bien étrange caractéristique. Placées dans un sac plastique, les larves s’en nourrissent. De l’apiculteur au chercheur, il n’y eut qu’un pas. Et les scientifiques, qui publient leur découverte dans la revue américaine «Current Biology», confirment le phénomène. Galleria mellonella mâchouille le polyéthylène, l’ingère et le dégrade. Réunies à cent dans un sac plastique, ces petites chenilles ont chacune réalisé deux trous par heure et, ensemble, boulotté 92 milligrammes en douze heures. Gros ver vif

On entend d’ici les eurêka, les alléluias de l’assemblée, soulagée que l’on ait, enfin, trouvé la martingale pour se débarrasser des sacs plastique qui traînent, des microparticules dans les océans et des pots de yaourt superfétatoires. Las, ni la nature ni les scientifiques n’émargent chez Disney. Les choses sont un peu plus compliquées. Mais «une très belle découverte» quand même, estime François Verheggen, entomologiste à Gembloux, en Belgique. Si l’on savait que certaines levures et certaines bactéries sont capables de dégrader le plastique, la fausse teigne s’avère être le premier animal capable de digérer le plastique et de le dégrader. Et surtout, alors qu’il faut un temps très long aux bactéries et levures, le gros ver réalise cet exploit «extrêmement rapidement».

Comment? Les chercheurs ne le précisent pas. «C’est sans doute associé aux micro-organismes qui peuplent la flore intestinale de l’insecte. C’est à moitié surprenant, poursuit Verheggen. La fausse teigne s’est, au fil de l’évolution, spécialisée dans la consommation de la cire d’abeille. La composition de celle-ci n’est pas très éloignée de la structure chimique du polyéthylène. C’est un module de carbone associé à des atomes d’hydrogène.» Le tractus digestif de la fausse teigne est armé pour l’ouvrage. Comme celui du termite l’est pour digérer et dégrader le bois.

Ça débouche sur quoi? Peu de chances qu’on puisse régler le problème des continents de plastique en allant les saupoudrer de chenilles affamées. «On pourrait cependant produire les micro-organismes ou la molécule hors du tractus de la teigne. Les cultiver. Cela pourrait ouvrir la voie à d’autres applications: des grands fermenteurs dans lesquels on pourrait jeter le plastique, où il se dégraderait. Ou on pourrait produire avec ces micro-organismes un liquide permettant de dégrader le polyéthylène.»

Un peu comme le Métomol du comte de Champignac, gaz rose extrait d’un champignon vénéneux ayant le pouvoir de rendre mou le métal… Reste que les chercheurs n’ont pas analysé les effets de l’ingestion de plastique chez la teigne. Ils ne précisent pas si les larves sont en bonne santé après leur festin ni si elles ont pu se métamorphoser, se reproduire. Encore un détail: ce qui… sort après la digestion est de l’éthylène glycol. Un liquide toxique pour celui qui l’ingère. Le même que celui que nous mettons dans les radiateurs des voitures… @ Le Soir

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.