L'orque ménopausée sauve son espèce

MammifèresLes grands-mères épaulards sont déterminantes pour la survie des petits. Elles jouent un rôle de leader une fois leur fonction reproductive disparue.

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Mieux vaut avoir sa grand-mère à ses côtés lorsque le saumon se fait rare. Les jeunes orques qui ont cette chance survivront plus facilement. Il semble même que la ménopause a une utilité sociale chez l’épaulard. «C’est le premier exemple non-humain d’un effet grand-mère chez une espèce connaissant la ménopause», explique Daniel Franks, biologiste à l’Université de York, cité par l'AFP, coauteur d’une étude publiée dans la revue scientifique américaine «PNAS».

Qu’apprend-on? Le taux de mortalité chez les petites orques ayant perdu leur grand-mère est 4,5 fois plus élevé en comparaison de leurs congénères dont la grand-mère est présente. Menée sur 378 «veaux», cette recherche a passé au crible 36 ans de données et impliqué des équipes des Universités de York et Exeter (Royaume-Uni), du Center for Whale Research (États-Unis) et de Pêches et Océans Canada.

«Il faut énormément de connaissances pour survivre et trouver de quoi s’alimenter toute l’année»

Ce résultat ne surprend guère un passionné lausannois de cétacés, soucieux d'anonymat. «Les orques femelles âgées guident et aident le groupe. Il faut énormément de connaissances pour survivre et trouver de quoi s’alimenter toute l’année.» Ce n'est pas tout. Dominant le groupe, les orques femelles ne se reproduisent plus après 30 ou 40 ans, mais peuvent vivre centenaire. Les épaulards mâles, eux, ont souvent une durée de vie plus courte. Beaucoup ne survivent pas au-delà de 30 ans.

Le rôle de la ménopause semble important. «La ménopause n’a évolué que chez l’homme, les orques et trois autres espèces de rorquals à dents. Comprendre pourquoi les femelles de ces espèces arrêtent la reproduction est quelque chose que l'on veut savoir depuis longtemps», explique Darren Croft de l’Université d’Exeter, coauteur de l’étude.

Avantage pour le groupe familial

Il livre une explication. «Nos nouvelles découvertes montrent que, tout comme chez les humains, les grands-mères qui ont traversé la ménopause sont mieux en mesure d’aider leur progéniture.» Ces avantages pour le groupe familial peuvent aider à expliquer pourquoi la ménopause a évolué chez les épaulards comme chez les humains.

Le passionné lausannois de cétacés va dans le même sens. «Il y a un besoin de compromis dans la nature, explique-t-il. Plus un animal doit donner de l’attention à un jeune, moins il aura de temps pour trouver des ressources pour se nourrir.» Dès lors, les pulsions reproductives diminuent avec le temps. «Après la ménopause, l’orque se transforme en leader et partage sa connaissance et son expérience.» Ce serait plus délicat pour une jeune mère qui doit s’occuper de son petit.

La mémoire du groupe

Les orques femelles âgées servent de mémoire au groupe. «Il faut un guide qui puisse se souvenir où débusquer les saumons qui se réunissent pour remonter les fleuves, de la période où les phoques et autres mammifères marins retournent à terre pour mettre bas, ce qui constitue autant de sources de nourriture.» Par le passé, les scientifiques avaient déjà remarqué que les orques plus âgées menaient leur groupe vers les eaux plus poissonneuses. «On les a déjà vues partager leur nourriture avec les plus jeunes. On les soupçonne aussi de faire du baby-sitting», relève Daniel Franks.

Ce phénomène de leadership a aussi été observé chez les éléphantes. «Mais ces dernières peuvent se reproduire jusqu’à la fin de leur vie», ajoute Daniel Franks. Mystère de la nature.

Créé: 10.12.2019, 20h10

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