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ScienceUn parasite ôte à la souris sa peur des chats

En colonisant le cerveau, le parasite toxoplasmose modifie drastiquement le comportement des souris, selon une étude de l'UNIGE.

Le parasite de la toxoplasmose colonise le cerveau de la souris sous forme de kystes.
Le parasite de la toxoplasmose colonise le cerveau de la souris sous forme de kystes.
Keystone

Des chercheurs genevois montrent dans la revue Cell Reports comment le parasite de la toxoplasmose colonise le cerveau de la souris sous forme de kystes. Au point de modifier drastiquement son comportement et de lui faire perdre sa peur des chats.

Le parasite Toxoplasma gondii établit une infection chronique persistante dans son hôte sous forme de kystes présents dans les muscles et le cerveau, notamment chez l'humain. Il s'attrape en mangeant de la viande insuffisamment cuite, des fruits et légumes terreux mal lavés ou encore en nettoyant la caisse de son chat.

Cette infection reste généralement latente, sauf si la personne souffre d'immunosuppression. Dans ces cas, l'infection s'active et peut entraîner la mort, a indiqué mardi l'Université de Genève (UNIGE) dans un communiqué. La toxoplasmose est également dangereuse pour le foetus si la mère contracte l'infection pour la première fois lors de sa grossesse.

Perte de la peur et de l'inhibition

Le parasite de la toxoplasmose assure sa transmission grâce aux chats. Dans l'intestin de cet hôte, dit définitif, le parasite produit des ovocytes très infectieux qui sont expulsés via les excréments.

«Pour le parasite, le moyen le plus efficace est de se faire manger par le chat pour atteindre ses intestins, c'est pourquoi la souris est toute désignée», explique Dominique Soldati-Favre, professeure au Département de microbiologie et médecine moléculaire de l'UNIGE, citée dans le communiqué.

De nombreuses études ont dévoilé que le parasite parvenait à modifier le comportement de la souris, jusqu'à transformer sa peur des chats en attraction, faisant d'elle une proie facile.

«Nous nous sommes demandé comment le toxoplasme parvenait à mettre en place un mécanisme aussi spécifique, à savoir l'altération exclusive de la peur des chats», poursuit Madlaina Boillat, chercheuse au Département de génétique et évolution de l'UNIGE.

Souris plus curieuse

Le laboratoire d'Ivan Rodriguez, professeur au même département, travaille sur les interactions entre proies et prédateurs. Afin de déterminer si le changement de comportement de la souris ne concernait que sa réponse face aux félins, son équipe a testé l'anxiété générale de rongeurs infectés par rapport à des souris saines.

«Nous avons immédiatement constaté une différence d'attitude chez la souris infectée, plus curieuse, moins stressée», relève Ivan Rodriguez. Puis, les chercheurs ont placé les souris malades et les souris contrôles en présence d'urine de lynx.

«Contrairement aux souris saines, les souris infectées par le parasite étaient toutes attirées par cette odeur, qui normalement les fait fuir», ajoute Madlaina Boillat. Les scientifiques ont ensuite élargi l'expérience aux autres prédateurs de la souris, comme le renard, mais surtout le rat.

«Nous avons placé un rat endormi dans la cage des souris contrôles, qui tout de suite ont montré une réaction de panique. Au contraire, les souris infectées se sont même baladées sur le rat», remarque Ivan Rodriguez.

Fin d'un mythe

Ces expériences démontrent que contrairement à ce qu'affirme la littérature scientifique sur le sujet, ce n'est pas seulement la peur du chat qui est inhibée chez la souris infectée, mais bien l'ensemble de son comportement qui est affecté.

«Notre étude met fin à un mythe et permet à présent de rechercher le mécanisme par lequel le parasite effectue cette prouesse», souligne Pierre-Mehdi Hammoudi, chercheur dans l'équipe de Dominique Soldati-Favre.

Les scientifiques ont pu constater que l'ensemble du cerveau était envahi de kystes, plus particulièrement le cortex, alors que les hypothèses penchaient pour l'amygdale, impliquée dans la réponse innée de la peur. Le changement de comportement est perceptible dès 200 kystes chez la souris, avec un réel effet sur la peur entre 500 et 1000 kystes.

Chez l'humain

Chez l'humain, dont 30% à 80% de la population sont infectés, des corrélations ont été observées entre la toxoplasmose et des impacts neurologiques, résultant des effets indirects des kystes causés par l'inflammation du cerveau.

«Le comportement d'une personne infectée semble être légèrement modifié en fonction du degré d'inflammation du cerveau, mais l'homme reste un hôte accidentel pour le parasite, et son système immunitaire, sauf déficience, parvient relativement bien à contrôler l'évolution des kystes», conclut Dominique Soldati-Favre.

L'infection prédispose en revanche à certaines autres maladies neurologiques, comme la schizophrénie, Parkinson ou Alzheimer, conclut l'UNIGE.

ats

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