La pilule pour hommes, une cause perdue?

ContraceptionA l'heure où les pilules féminines de 3e et 4e génération subissent un flot de critiques, qu'en est-il de la contraception masculine? Le point avec Brenda Spencer, doctoresse au CHUV.

Un jour peut-être, les femmes ne seront plus les seules à prendre la pilule.

Un jour peut-être, les femmes ne seront plus les seules à prendre la pilule. Image: Keystone

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Pour les chercheurs, les hommes sont un casse-tête. Depuis des années, des recherches et des tests sont menés pour tenter d'élaborer une pilule version masculine. Le défi? Inhiber la production de spermatozoïdes de manière réversible, tout en préservant les hormones masculines et la fonction sexuelle.

«Dans le cadre de la contraception masculine, beaucoup d'hommes ont besoin d'être rassuré sur le fait que la fonction sexuelle restera la même. D'ailleurs, en comparaison aux études sur la contraception féminine, dans la recherche sur la contraception masculine, on a accordé une attention particulièrement marquée à l'impact sur la fonction sexuelle», remarque la doctoresse Brenda Spencer, responsable de secteur de recherche à l'Institut universitaire de médecine sociale et préventive du CHUV.

Nouvelles méthodes

L'atteinte à la masculinité, tel est le spectre entourant la recherche sur la contraception pour les hommes, longtemps exclus de toute forme de réflexion. Pourtant, ces dernières années, les chercheurs ont mis au point plusieurs nouvelles techniques autres que le préservatif ou la vasectomie. Dans l'émission CQFD de La Première Roger Mieusset, docteur au Centre hospitalier universitaire de Toulouse, spécialiste en andrologie et contraception masculine, avait relevé deux méthodes déjà mises sur le marché.

D'une part, l'inhibition des spermatozoïdes par le biais de dérivés hormonaux, avec des injections mensuelles de testostérone et des risques d'effets indésirables. D'autre part, l'élévation de la température testiculaire. Elle consiste à remettre les testicules «au chaud» dans le canal par lequel elles descendent de l'abdomen vers le scrotum. Ceci grâce au port d'un sous-vêtement spécial. Une méthode plus «douce» qui a déjà fait ses preuves selon Roger Mieusset.

D'autres pistes sont également en cours d'étude. En août 2012, la découverte d'une molécule produisant l'inhibition de la production de spermatozoïdes de manière réversible ouvre la voie à une «pilule masculine». Et en 2011, l'Europe s'est tournée vers l'Indonésie qui a annoncé le développement d'une pilule à base d'extraits de gendarusse. Une plante utilisée en Papouasie comme contraceptif naturel par les hommes de certaines ethnies.

Manque de moyens

Si les recherches avancent, le financement et la motivation sociétale par contre ne suivent pas. Débuté en 1972, le programme de l'Organisation mondiale de la santé sur la régulation de la fécondité masculine a «rencontré de nombreux freins à son développement». Aujourd'hui, à l'heure de demander des informations sur la question, le service de presse signale que personne n'est apte à répondre.

La contraception masculine est perçue comme un domaine de recherche peu rentable. «La recherche manque de moyens financiers et on constate également peu de motivation. Par rapport à la contraception féminine, il y a très peu d'investissement de la part de la communauté scientifique, de la médecine et de l'industrie pharmaceutique», note Brenda Spencer.

Intérêt quasi nul

L'élaboration, par exemple, d'une pilule masculine commercialisable, suscite un manque d'intérêt, car la société anticipe déjà son échec sur le marché. «On ne fait pas vraiment confiance aux hommes, car on en a une vision assez naturaliste. On voit encore les hommes comme des êtres sexuels simplement dirigés par leur nature biologique et irresponsables par rapport aux femmes. Nous avons une vision simpliste de la masculinité», remarque Brenda Spencer.

La sexualité masculine est perçue comme indomptable puisqu’ancrée dans la nature même de l'homme. «On reste coincés dans des stéréotypes. Tant qu'on considère les hommes comme une cause perdue, on ne va rien faire. Il faut remettre en question le fait que la nature de l'homme est immuable. Avec le féminisme, la palette des comportements et des attitudes pour les femmes est devenue plus large. Mais pour les hommes, excepté dans le domaine de la paternité, il n'y a pas encore d'équivalent.»

«C'est mon tour»

Les femmes pourraient-elles envisager de confier la contraception à leur partenaire, tout en sachant, qu'en cas de manquement, elles sont les premières à en supporter les conséquences? «La question se pose. Mais certaines femmes en ont un peu ras le bol d'assumer les risques de la contraception. Elles aimeraient qu'elle soit aussi endossée par leur partenaire», souligne Brenda Spencer.

Du côté des hommes, la doctoresse estime aussi que plusieurs d'entre eux se montreraient intéressés. «J'ai travaillé sur la vasectomie dans les pays anglo-saxons où cette pratique est plus répandue qu'en France ou en Suisse, et la raison la plus régulièrement évoquée par les hommes qui y avaient recours était 'c'est mon tour'.»

La doctoresse souligne dans le livre «La contraception masculine», que jusqu'à la large diffusion de la pilule dans les années 1970, la contraception était d'ailleurs du ressort des hommes. C'est seulement entre 1970 et 1973 que les méthodes féminines ont pris le dessus. Les femmes revendiquaient alors le contrôle de leur corps. Est-ce qu'une pilule masculine serait un retour en arrière? Les femmes sont partagées, selon Brenda Spencer. «Mais plus les moyens de contraception sont diversifiés mieux c'est, car chacun peut opter pour ce qui lui convient.»

(nxp)

Créé: 15.02.2013, 10h55

La doctoresse Brenda Spencer, responsable de secteur de recherche à l'Institut universitaire de médecine sociale et préventive du CHUV. (Image: DR)

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