Twiggy, petite fille des sixties, fête ses 70 ans

De la tête aux piedsIcône de la minijupe et égérie du Swinging London, le premier mannequin international de l’histoire vient de fêter ses 70 printemps. Souvenirs d’une pétillante grand-mère.

Twiggy voit la vie en jaune en 1967, devant un poster la représentant.

Twiggy voit la vie en jaune en 1967, devant un poster la représentant. Image: Paul Popper/Popperfoto

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Lesley Lawson, du nom de son second mari, née Hornby le 19 septembre 1949 dans une famille de la classe ouvrière londonienne et surnommée Twiggy pour son look désormais devenu légendaire (littéralement, ce terme signifie «fragile, délicat»), a fait bien d’autres choses au cours de sa vie, de la musique au théâtre, en passant par le cinéma. Mais elle reste avant tout le visage d’une époque. C’est l’occasion idéale de revenir avec elle sur cette période.

Quand vous repensez à votre carrière de mannequin, de chanteuse et d’actrice, de quoi êtes-vous le plus fière?
Probablement de mes débuts à Broadway dans la comédie musicale «My One and Only», en 1981. Je ne m’étais encore jamais produite sur une scène. J’étais très nerveuse. Mais j’avais derrière moi une équipe de talents fantastiques qui m’a soutenue et m’a beaucoup appris. Le spectacle fut un succès, j’ai même été nommée pour un Tony, les Oscars du théâtre américain. Avant cette expérience, je ne savais pas qu’une telle carrière m’attendait. Cela m’a ouvert de nouvelles possibilités auxquelles je n’aurais jamais pensé. Ça a été pour moi une joie incroyable.

Avez-vous des regrets?
Aucun. Bien sûr, dans la vie, nous traversons tous de bons et de mauvais moments, des moments de joie et de tristesse: la vie n’est pas toujours belle et merveilleuse. Mais il faut apprendre de ces moments malheureux. En fait, c’est surtout de ces moments-là qu’il faut tirer des leçons, pour comprendre quelles sont les valeurs et les choses importantes. Autrement, on risque de mal gérer certaines situations, en particulier dans l’environnement au sein duquel j’ai travaillé. Qu’entendez-vous par là?

Que les mannequins et actrices peuvent se monter la tête, croire que les choses qu’elles lisent sur leur compte dans les journaux sont vraies! J’ai eu de la chance. Je n’avais pas le projet de devenir mannequin, et encore moins chanteuse et actrice: je le suis devenue par hasard, de façon inattendue. J’ai eu ma chance, je l’ai saisie et tout s’est bien passé. Mais je ne me vois pas seulement comme un mannequin. Mon identité, c’est d’être une épouse, une mère et une grand-mère. Et c’est cela ma force.

Est-ce vrai qu’à l’époque où est né le phénomène Twiggy, vous détestiez votre physique?
J’avais 16 ans, j’étais en pleine adolescence: avez-vous déjà rencontré une adolescente qui s’aime physiquement? Elles se trouvent toutes trop grosses ou trop maigres. Et je n’ai pas fait exception à la règle. Je me trouvais trop maigre et trop petite. Mes jambes étaient aussi fines que des baguettes et je n’avais aucune courbe. J’avais un drôle de physique. Différent des canons de la beauté. Avec le recul, c’est justement cela qui a fonctionné, manifestement.

Diriez-vous que c’est cette «différence» qui a contribué à votre succès?
Je dirais que oui. Je ne ressemblais à aucun autre mannequin. Et je suis arrivée au bon endroit, au bon moment. Dans les années 40-50, l’épicentre de la mode était Paris, une ville associée à l’élégance classique. Mais dans les années 60, une révolution sociale a éclaté. Les jeunes ont pour la première fois pu faire entendre leur voix, la ville est alors devenue un haut lieu de la mode, de l’art et de l’avant-garde dans tous les domaines. Et moi, avec mes tenues signées Mary Quaint et Biba, mes cheveux courts et ma maigreur, je représentais apparemment l’esprit du temps.

Comment s’est déroulée la révolution de la minijupe?
La minijupe s’est imposée comme une expression de liberté et de révolte. Et de sensualité, également. Une nouveauté absolue. La minijupe m’allait bien, parce que j’avais des jambes fines. Mais cette révolution vestimentaire avait également une autre signification. Avant de devenir célèbre, je confectionnais mes vêtements moi-même. Et ma mère faisait pareil. Toutes les femmes fonctionnaient un peu comme ça à l’époque, parce que rares étaient celles à avoir suffisamment d’argent pour s’acheter des vêtements dans les magasins. La minijupe et des magasins comme Biba ont donc montré qu’il n’y avait pas besoin de dépenser des fortunes pour s’habiller. C’était une mode à la portée de tous. Voilà quelle a été la révolution du Swinging London des années 60.

À propos, la ville de Londres était-elle vraiment «swinging»?
Quand on vit dans une époque, on ne pense pas à la définir. Et pour moi, tout s’est passé si vite. J’allais à l’école et ma vie a radicalement changé du jour au lendemain. Je me suis alors retrouvée sous l’objectif de Richard Avedon. Diane Vreeland, la directrice du puissant «Vogue» américain, m’a ensuite reçue à New York et je suis devenue un mannequin international.

Vous avez suivi la même route que les Beatles…
Oui, ils ont appelé ça l’invasion britannique. Les Beatles sont arrivés à New York en 1964 et moi en 1967, il me semble. J’ai atterri à JFK et les photographes sont comme devenus fous. Je venais d’une famille de la classe ouvrière, nous n’étions pas pauvres, mais nous n’étions pas riches non plus. Nous passions nos vacances dans la Manche, dans une caravane. Et du jour au lendemain, j’avais le monde à mes pieds!

Quand on évoque le Swinging London, on pense: sexe, drogue et rock’n’roll…
Je n’ai jamais pris de drogues. À chaque fois que je retournais en Angleterre, la police me fouillait entièrement à la douane, car notre monde avait mauvaise réputation. Mais avec moi, ils ne trouvaient jamais rien. Et je ne buvais pas non plus. Ma mère ne buvait pas d’alcool et mon père se contentait d’une bière à Noël. J’ai grandi comme ça. À l’occasion de mon premier défilé à Paris – j’avais 17 ans et demi à l’époque –, j’ai dîné dans un restaurant phénoménal; le serveur m’a demandé ce que je voulais boire et j’ai répondu: un Coca-Cola. Il avait du mal à y croire! L’alcool et la drogue, ça semble fabuleux au début, mais ça a détruit tant d’artistes…

Que pensez-vous du scandale #MeToo, des violences faites aux femmes?
Grâce au ciel, je n’ai jamais été victime de tels actes. Mais je savais qu’il y avait également pas mal d’histoires sordides dans le milieu. Le mouvement #MeToo a transformé l’atmosphère. Non seulement dans les milieux de la mode et du cinéma, mais dans tous les secteurs, car ces atrocités se produisent partout où il y a des hommes de pouvoir. Aujourd’hui, les femmes ont moins peur de dénoncer leurs agresseurs. Et j’espère que les hommes y réfléchiront à deux fois avant de harceler une femme.

Comment a évolué la mode depuis votre époque?
Mon Dieu, elle est méconnaissable. Aujourd’hui, c’est un business pesant plusieurs milliards. À mon époque, quand on demandait à une jeune fille ce qu’elle voulait faire quand elle serait grande, elle répondait: danseuse ou actrice. Aujourd’hui, elles disent toutes: mannequin. Même si je le fais différemment aujourd’hui, je travaille encore en tant que mannequin. Mais c’est un monde que je ne fréquente plus autant qu’avant. Je connais Kate Moss, mais nous ne nous voyons pas beaucoup. Par contre, je n’ai jamais rencontré Cara Delevigne.

Vous avez rencontré beaucoup de personnages célèbres. David Bowie, par exemple.
Un génie. Gentil, intelligent, cultivé. La photo de nous deux sur la pochette d’un de ses albums («Pin-Ups») devait se retrouver sur la couverture d’un magazine de l’édition anglaise de «Vogue», mais la directrice s’y est opposée, déclarant que seules des femmes pouvaient figurer en couverture. Ce à quoi Bowie a rétorqué: «Vous êtes fous? C’est David Bowie.» Ils n’ont pas cédé. David m’a alors dit de ne pas m’inquiéter et s’est servi du cliché pour la pochette de son album. Qui a résisté beaucoup plus longtemps que le numéro de «Vogue» en question.

Est-il vrai que vous n’aimez pas les talons hauts?
Vous connaissez quelqu’un qui les aime? C’est une torture. Je n’en porte qu’en studio. Ils sont beaux à regarder. Mais reconnaissez qu’ils sont particulièrement inconfortables.

© La Republica

Créé: 03.11.2019, 09h17

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