Le vautour fauve déploie toujours plus ses ailes de géant

SavoirLa réintroduction en France de ce rapace nécrophage continue à se répercuter chaque été en Suisse.

Rapace grégaire, le vautour fauve a une envergure de 2,60 m. Ce qui le place entre le gypaète et l’aigle royal dans le trio des plus grands oiseaux observables en Suisse. RALPH MARTIN/MARKUS VARESVUO

Rapace grégaire, le vautour fauve a une envergure de 2,60 m. Ce qui le place entre le gypaète et l’aigle royal dans le trio des plus grands oiseaux observables en Suisse. RALPH MARTIN/MARKUS VARESVUO

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Ils ont plutôt mauvaise réputation. Dans la littérature et au cinéma, leurs apparitions annoncent généralement la mort. Même d’un point de vue purement scientifique, leur aura a longtemps été tout sauf reluisante: un ouvrage ornithologique français du XIXe siècle parlait d’eux comme «d’oiseaux de proie ignobles, à l’air stupide, doté d’une démarche lourde et embarrassée». Pourtant, dans les airs, ils planent majestueusement, s’appuyant sur les courants thermiques qui les portent. Et ce ne sont pas les ornithologues suisses qui diront le contraire.

Car depuis plusieurs années, ils se régalent, surtout dans toutes les Préalpes et les Alpes, d’observations de vautours fauves. Au point qu’aujourd’hui l’apparition d’un gypaète barbu ou d’un aigle royal ne constitue plus le point culminant d’une randonnée estivale sur les hauteurs, annonçait il y a quelques semaines la Station ornithologique suisse de Sempach (LU).

Un lourd tribut aux persécutions

S’il est difficile d’estimer avec précision le nombre d’individus qui viennent passer l’été en Suisse, un comptage standardisé réalisé cet été a révélé la présence d’au moins cent vautours fauves. Un effectif considérable, à tout le moins, quand on sait qu’entre 1900 et 1980 seules douze apparitions de ce rapace diurne nécrophage avaient été recensées.

À nouveau observé régulièrement sous nos latitudes depuis l’an 2000, le vautour fauve accroît annuellement sa présence depuis 2005. «Contrairement à l’aigle et au gypaète, le vautour fauve est un oiseau grégaire. Et on remarque depuis plusieurs années que les groupes sont plus nombreux et plus grands. On peut du reste dire que lorsque l’on aperçoit plusieurs grands oiseaux qui planent ensemble en montagne, cela vaut la peine d’y regarder de plus près. Il y a de fortes chances que ce soit des vautours», souligne Sophie Jaquier, porte-parole de la Station ornithologique. Le phénomène s’explique sans doute par une conséquence du projet de réintroduction dont Gyps fulvus, son nom scientifique, a fait l’objet en France dès les années 80. Il faut dire qu’à l’instar de nombreux autres rapaces, ce géant des airs d’une envergure de 260 cm a payé un lourd tribut aux persécutions et aux pesticides utilisés dans l’agriculture.

Important déclin

Originellement présente dans l’ensemble du bassin méditerranéen, qu’elle soit européenne, asiatique ou africaine, l’espèce a connu un important déclin, particulièrement sévère en France. À la fin des années 60, il ne subsistait plus qu’une trentaine de couples dans les Pyrénées de celui qui était anciennement baptisé griffon. Les différents programmes de réintroduction ont permis de lui faire retrouver l’ensemble de ses aires de répartition naturelle. Si bien qu’aujourd’hui la population du vautour fauve «français» est estimée à 2000 couples, répartis entre la frontière espagnole, les Cévennes et les Alpes. Les dizaines de vautours fauves qui passent l’été en Suisse viennent donc majoritairement de là, mais aussi d’Espagne, comme l’ont révélé les bagues identifiables sur des photos prises par des ornithologues.

Ce sont essentiellement des immatures (donc des jeunes adultes âgés de 5 ans et moins) qui ne nidifient pas encore et qui trouvent chez nous tout ce dont ils ont besoin pour survivre à la belle saison: des parois rocheuses dotées de replats ou d’anfractuosités où s’accrocher pour la nuit ou en cas de mauvais temps, les thermiques grâce auxquels ils planent langoureusement et des carcasses d’animaux dont ils se repaissent: chamois et autres cervidés, bouquetins. Et évidemment moutons, le vautour fauve étant étroitement lié au pastoralisme.

Prévention des épidémies

À cet égard, il joue un rôle sanitaire primordial. «Ce sont des nettoyeurs, la police sanitaire en quelque sorte», souligne l’ornithologue Sophie Jaquier. Le vautour tire son nom du latin vellere, littéralement arracher, déchirer. Deux verbes qui illustrent parfaitement sa manière de se sustenter. «En se nourrissant des cadavres d’animaux, ils digèrent les milliards de bactéries qu’ils contiennent, prévenant du même coup les épidémies qu’elles auraient pu provoquer», reprend la biologiste.

Leur présence toujours plus forte – ils sont là de début mars à mi-octobre, avec un pic de mai à août – indique-t-elle qu’il pourrait nicher ici? «On ne peut pas exclure cette hypothèse. Mais c’est un oiseau qui niche tôt dans l’année, à une période où les conditions climatiques sont encore rudes en Suisse», conclut Sophie Jaquier.

Créé: 21.09.2019, 14h00

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La bonne santé du vautour fauve et son habitude d’estiver en Suisse pourraient faire oublier qu’il n’est pas le seul vulturidé à planer majestueusement au-dessus de notre pays. De fait, son cousin le plus direct a vu lui aussi ses observations croître ces dernières années.

Le vautour moine a ainsi été vu pas moins de 44 fois, parfois seul, parfois accompagné d’un deuxième individu dans les Préalpes vaudoises, fribourgeoises et bernoises, en Valais et même au Tessin. En mai, sa présence était aussi signalée à Montricher, alors qu’il se fait pourtant beaucoup plus rare que le vautour fauve dans l’arc jurassien.

Quant au vautour percnoptère, ou percnoptère d’Égypte, il a été aperçu à trois reprises, ce qui en fait de 2019 une année exceptionnelle pour cette espèce: à Schmitten (FR), Roveredo (TI) et Baulmes, le 2 mai.

Enfin, ce serait un crime de lèse-majesté que d’oublier le gypaète barbu, seul vautour à ce jour nicheur en Suisse. Courant jusqu’au milieu du XIXe siècle, il a fait l’objet d’une chasse récompensée qui a conduit à sa disparition.

Réintroduit à l’échelle internationale dès 1986 (1991 en Suisse) parce que les chances d’un retour naturel étaient quasi nulles, il a niché dans les Grisons en 2007. Une première depuis 1886.

En dix ans, jusqu’en 2017, sa population a augmenté, 45 jeunes ayant pu prendre leur envol. Si bien qu’aujourd’hui la Suisse abrite les 40% de sa population alpine.



Le gypaète est une des quatre espèces de vautours visibles
chez nous. (Photo:FLORIAN CELLA)


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