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L’éditorialSchwytz et les baillis socialistes

Que se serait-il passé si le résultat avait été inversé dimanche dernier? Un oui des cantons mais un non du peuple pour l’initiative sur les multinationales responsables. Qui aurait été tout aussi refusée. Aurait-on entendu les perdants du jour réclamer un changement constitutionnel pour que les votes régionaux soient mieux respectés afin de mieux «juger» les entreprises qui jouent avec l’éthique?

Si Roger Nordmann était Hillary Clinton, cela se saurait. En l’occurrence, le socialiste vaudois est la tête de pont de ceux qui remettent en cause les règles du jeu après coup parce qu’elles ne vont pas dans leur sens. Un peu comme Donald Trump. Il y a quatre ans, la candidate américaine avait eu la délicatesse de ne pas entrer tel un éléphant dans le magasin de porcelaine qu’est la démocratie d’un État fédéral avec tous les particularismes qui vont avec.

«En 1848 le vote d’un Uranais valait celui de 17 Zurichois.»

Parler pour un Romand du respect de la majorité du peuple au niveau national, c’est un peu se tirer une balle dans le pied. Car le modèle suisse est aussi là pour préserver sa solidarité envers les plus faibles numériquement parlant, les minorités. Human Rights Watch donne quatre conditions pour en remplir les critères: une infériorité numérique par rapport à la population totale, une position non dominante à l’intérieur de l’État, une caractéristique ethnique, linguistique ou religieuse commune et une citoyenneté de l’État de résidence.

Et dans ce sens-là, un grand électeur schwytzois vaut autant qu’un vaudois. Et un paysan nidwaldien autant qu’un bobo bâlois. Oui, nous dit le politologue Pascal Sciarini dans «Le Temps», avec le temps, certains votes pèsent plus aujourd’hui qu’hier. Ainsi, alors qu’en 1848 le vote d’un Uranais valait celui de 17 Zurichois, il en vaut aujourd’hui 36. Oui, nous rappelle Patrick Vallélian, rédacteur en chef de «Sept Info», sur les réseaux sociaux, même si on avait partiellement changé ou rééquilibré les règles du jeu comme le suggèrent certains (en pondérant par exemple le poids du vote du canton de 1 à 3 selon le nombre de ses habitants), la double majorité n’aurait pas été atteinte. C’est un peu comme si on décidait aussi que ces mêmes petits cantons avaient droit à moins de sièges au Conseil des États, leur donnant implicitement encore moins de poids que leurs collègues dans les deux Chambres. Comme quand les baillis bernois décidaient pour le canton de Vaud.

Le charme discret de notre système politique, c’est que les habitants de Baar (68% de non dimanche dernier) sont plus fidèles à Glencore qui a son siège sur la commune que ceux de Vevey (73% de oui) avec Nestlé. Finalement, devons-nous faire payer aux cantons ruraux le fait de la propre désertification de leur territoire ou d’une urbanisation de leur voisin? Cette décentralisation du pouvoir fait aussi la force de la Suisse, notamment lorsqu’il s’agit de défendre nos particularismes et notre langue, via son usage dans l’administration bernoise. Ce désir de rééquilibrage purement numérique porte des germes dangereux.

9 commentaires
    Pierre Tzaut

    Bravo M. Ansermoz!!!!!

    Roger Nordmann et ses copains se sont tirés des balles dans les pieds car ils attaquent la composition de nos chambres. Ils ont "oublié" que le Conseil des Etats est la chambre des cantons. Chacun à 2 représentants, les 1/2 cantons un. Je pense également que M. Nordmann n'a pas suivi tous les cours de civisme.