AboSecours au MarocPourquoi accepter l’aide de l’Espagne et pas celle de la France?
Les dons sont bienvenus mais pas question pour Mohammed VI d’autoriser Paris à envoyer des secouristes. Derrière l’aide humanitaire, il y a d’abord la géopolitique.

Dès l’annonce de la catastrophe au Maroc, de nombreux pays ont proposé leur aide pour des secours d’urgence, parmi lesquels la France, les États-Unis, l’Inde, la Russie, l’Arabie saoudite, la Turquie, Israël mais aussi la Suisse. Même l’Algérie a offert ses services, alors que les relations entre les deux pays sont très tendues et qu’ils ont rompu leurs contacts diplomatiques depuis deux ans. En signe de bonne volonté, Alger a autorisé le survol de son territoire par des avions humanitaires et offert son «entière disponibilité […] en solidarité avec le peuple marocain frère».
«Toute opération humanitaire est d’abord géopolitique. Les structures humanitaires sont un cheval de Troie pour montrer qui sont les bienfaiteurs.»
Face à cette avalanche d’offres d’aide, le roi Mohammed VI n’a donné son feu vert, dès le week-end, qu’à quatre pays: l’Espagne, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Royaume-Uni. Pourquoi ces pays-là? Et pourquoi pas la France, alors que les relations entre les deux pays sont très étroites? Pour rappel, un million et demi de Marocains vivent en France, dont 670’000 binationaux – parmi lesquels les humoristes stars Jamel Debbouze ou Gad Elmaleh – et que plus de 50’000 Français vivent au Maroc, où ils représentent la plus importante communauté étrangère.

Insistance française
Pourtant le président Macron a formulé ses offres avec insistance: «Les autorités marocaines savent exactement ce qu’on peut livrer, la nature et le timing […] À la seconde où cette aide sera demandée, elle sera déployée et nous nous tenons prêts», a-t-il déclaré dimanche à New Delhi, en Inde, en marge du G20. L’ambassadeur de France au Maroc, Christophe Lecourtier, assurait de son côté qu’il avait «toutes les raisons de penser que, d’ici à lundi, il sera fait appel à l’aide française». Pas si simple: lundi soir, l’appel n’était toujours pas venu.
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Au-delà de la question d’image d’un pays qui entend affirmer sa souveraineté, le choix d’accepter une aide étrangère a toujours un poids politique: «Toute opération humanitaire est d’abord géopolitique. Les structures humanitaires sont un cheval de Troie pour s’installer, prendre des contacts, montrer qui sont les bienfaiteurs», explique dans le «Figaro» Sylvie Brunel, une géographe spécialiste de l’Afrique et du développement qui enseigne à la Sorbonne à Paris.

Priorité diplomatique
L’aspect géopolitique est donc primordial. Depuis plusieurs années, le roi Mohammed VI a fait de la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental la priorité absolue de sa diplomatie. Cette ancienne colonie espagnole est revendiquée par les indépendantistes du Front Polisario que soutient l’Algérie, mais le Maroc l’a annexée en 1975 et lutte depuis un demi-siècle pour la faire reconnaître par la communauté internationale.
En 2020, les États-Unis ont été les premiers à reconnaître la souveraineté du Maroc sur ce territoire du Sahara, en échange de la reconnaissance par celui-ci de l’État d’Israël. D’autres pays ont suivi, au premier rang desquels l’Espagne, en avril 2022, qui a choisi d’abandonner sa position de neutralité pour appuyer le Maroc. Le Royaume-Uni, selon de nombreux observateurs, serait sur le point d’en faire de même.
Emmanuel Macron, lui, rechignait à faire le pas. Pour ne pas envenimer ses rapports déjà difficiles avec l’Algérie, le président français louvoyait depuis des années, au point que ses relations avec Mohammed VI se sont fortement dégradées. En somme, pour tenter de gagner l’Algérie, il était en train de perdre le Maroc. Le réalisant, il avait promis, fin août devant la conférence des ambassadeurs, des «ajustements» dans la politique au Maghreb. Peut-être espérait-il accélérer les choses avec l’envoi d’une aide d’urgence à Marrakech. Mais le roi du Maroc lui aura fait comprendre que l’humanitaire ne règle pas tout.
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