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«Le climat continue de passer au second plan»

A quelques mois de la Conférence de Paris sur les changements climatiques, le climatologue Martin Beniston appelle à une réaction internationale forte face à la surchauffe de la planète.

Le climatologue Martin Beniston. Image d'archives.
Le climatologue Martin Beniston. Image d'archives.
MARTIAL TREZZINI, Keystone

Doit-on y voir un signe, un aperçu de la météo du futur? En Suisse s’achève un mois de juillet caniculaire durant lequel le mercure a flirté avec les 40°C à Genève. «Si rien n’est fait, un été sur deux pourrait être aussi chaud en 2050», prévient Martin Beniston, directeur de l’Institut des sciences de l’environnement à l’Université de Genève (UNIGE). Cinq mois avant la 21e Conférence des parties sur le climat (COP21), qui réunira 195 Etats à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015, le climatologue espère un «engagement fort de la communauté internationale» pendant qu’il est encore temps.

La COP21 est présentée comme la dernière chance pour le climat. Pourtant les politiciens semblent avoir d’autres préoccupations actuellement…

«Dernière chance…» Il ne faut pas être catastrophiste. Il est vrai néanmoins que, malheureusement, le climat continue de passer au second plan. Le contexte actuel est assez proche de celui de la Conférence de Copenhague en 2009, année marquée par le début de la crise des subprime: les Etats sont davantage préoccupés par la crise économique, le chômage et la Grèce que par le réchauffement climatique.

Est-ce à dire que la Conférence de Paris va se conclure comme celle de Copenhague, par un échec?

Même si Copenhague reste une déception, cette conférence a quand même permis des avancées techniques. Pour Paris, je pense qu’il existe des éléments plus favorables qu’en 2009: les mentalités, notamment, ont changé. Les événements catastrophiques comme Katrina ont marqué les esprits. Et la Chine, qui était un cancre du climat, vient de prendre un virage historique en fixant son pic des émissions de CO2 «autour de 2030». Là où les pays occidentaux ont mis un siècle à comprendre l’importance de réduire leurs émissions, ce pays n’a mis que vingt ans. Et si un Etat comme la Chine change, tout peut aller très vite. Cela me donne beaucoup d’espoirs pour Paris même si, en la matière, mes espoirs sont souvent déçus.

En cas d’accord à Paris, l’objectif des 2°C est-il encore atteignable?

En théorie oui, mais je ne pense pas que nous y parviendrons. Il faudrait des efforts monumentaux pour contenir la hausse des températures sous la barre des 2 degrés supplémentaires fixés par la communauté internationale pour la fin du siècle. Malheureusement, nous n’en prenons pas la direction. Le coût des investissements à réaliser freine les gouvernements. Le prix de cette inaction risque de se révéler bien plus important que celui de l’action, lorsque les catastrophes naturelles vont se multiplier. Par rapport à l’ère préindustrielle, les températures se sont déjà accrues de près de 0,85°C. Cela laisse peu de marge pour agir. Je tablerai plutôt sur +4°C à la fin du siècle si nous commençons à agir maintenant. Sans aucune réaction, cela sera plutôt 5 à 6°C.

Avec quelles conséquences?

Certaines s’avèrent déjà visibles, comme le niveau des océans qui a crû de 19 cm entre 1880 et 2012. Si nous ne faisons rien, cette hausse atteindra presque un mètre à l’horizon 2100, avec les déplacements de population que cela implique. Les événements climatiques extrêmes risquent également de se multiplier, avec des canicules, des sécheresses ou des ouragans.

Pour éviter un tel scénario, faut-il conclure un accord contraignant à Paris, comme à Kyoto en son temps?

Le Protocole de Kyoto a été plutôt un échec, parce que les plus gros pollueurs – les Etats-Unis et la Chine – ont refusé de participer à un texte astreignant. La taxation, qui fonctionne en Europe, ne correspond pas à la mentalité de ces Etats. Si à l’époque, davantage de marge avait été donnée, peut-être que le résultat aurait été meilleur. Cela dit, il faut voir ce que veut dire «contraignant». Nous n’allons pas créer un tribunal international pour juger ceux qui ne respectent pas l’accord.

Quelles mesures prendre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre?

L’essentiel des émissions provient des énergies fossiles. Il faut donc en sortir.

L’économie risque d’en pâtir…

Lutter contre le réchauffement climatique ne signifie pas revenir à l’Age de pierre. Bien sûr, un pan de l’industrie va en souffrir. Mais si la fermeture des mines de charbon anglaise, décidée par Margaret Thatcher en 1985, a été socialement très difficile, regardez la Grande-Bretagne aujourd’hui! Avec les énergies fossiles, c’est la même chose: certains emplois vont se perdre, d’autres vont se créer. Et les entreprises doivent comprendre que l’écologie peut être un avantage concurrentiel. Lorsqu’on produit avec moins d’énergie, on produit moins cher.

Plutôt que de changer de modèle économique, ne vaut-il pas mieux s’adapter, comme le propose la géo-ingénierie?

Nous pourrions aller dans ce sens-là, mais il existe un risque: les solutions apportées peuvent se révéler pires que le mal. Par exemple, une idée en vogue est d’utiliser l’effet volcan, c’est-à-dire lancer de la poussière dans l’atmosphère afin de la refroidir, comme le font les cendres volcaniques. Cela semble une bonne idée sur le papier, mais une telle action ne va pas modifier que la température. Elle va aussi toucher les précipitations, par exemple. Et personne ne sait dans quel sens. Au final, c’est un peu vouloir jouer à Dieu que de prôner de telles solutions.

Individuellement, pouvons-nous faire quelque chose?

Chacun, au quotidien, peut faire des gestes simples, comme utiliser des produits basse consommation, mettre des pulls en hiver plutôt que de monter le chauffage et utiliser les transports publics au lieu d’avoir une voiture privée. Mais toucher à la sacro-sainte bagnole en Suisse est un crime de lèse-majesté. Elle représente toujours un idéal de liberté.

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