Avec le LAC, Lugano parie sur la croissance culturelle

Une ville et sa culture (6/6)La cité a investi 300 millions de francs pour frapper fort.

Œuvre d’Ivano Gianola, le LAC (Lugano, arte e cultura) abrite 2500 m2 du Musée des beaux-arts, une salle de concert et de spectacle de 1000 places et une scène réservée à la création théâtrale dans un volume de 40 000 m2. Il sera inauguré en septembre. Image: STUDIO PAGI

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Bâtir! Depuis que le roi Rotari leur en a octroyé le droit au VIIe siècle, les enfants du Ticino n’ont cessé de bâtir. De transformer Rome en Saint-Siège, Saint-Pétersbourg en ville impériale, Moscou en ville de pouvoir. Ils ont construit de pères en fils, sans relâche. «D’ailleurs, s’amuse le guide du patrimoine Jaime Perdomo, au Tessin, bizarrement, tous les hommes avaient leur anniversaire en septembre, pile au moment de leur retour des chantiers.» L’ADN ne se modifie pas! Alors peu importe s’il s’agit d’une coïncidence ou d’un clin d’œil à l’histoire de ses ancêtres bâtisseurs, Lugano prend un mois – septembre – pour fêter l’an zéro du LAC (Lugano Arte e Cultura), un nouveau toit métissant les arts, une révolution culturelle. Geste architectural qui s’avance vers le lac comme un appel à la culture, la dernière réalisation de la ville aux 65 000 habitants est aussi la première depuis un moment à ne pas être érigée pour une banque.

Un signe! Le symbole d’un ambitieux tournant pour l’antique cité de pêcheurs mais toute jeune ville universitaire abritant la plus grande fresque de Suisse, à Santa Maria degli Angioli, l’une des plus belles collections privées d’art ethnique d’Europe, l’un des saluts muséaux à l’artiste et écrivain allemand Hermann Hesse ou l’une des rares concentrations d’Arte Povera, au Spazio 1. Mais bercée par sa quiétude, la Belle s’était un peu endormie, comptant sur le baiser d’un prince pour cesser de croire qu’ailleurs… c’est toujours mieux. Ce sera le baiser du prince LAC. L’envie de culture transpire déjà des murs des palazzi du XVIIe siècle ou des empreintes de Mario Botta sur la cité de son premier atelier, les open air tirés en rafales par le Longlake Festival animent la saison touristique, mais le badaud est le premier à le reconnaître: si la volonté politique d’un accès gratuit à la culture paie, il fallait «un petit plus» pour ne pas lorgner d’envie vers les voisins milanais ou lucernois.

C’est fait! La graine plantée il y a onze ans a éclos: elle coiffe le Musée des beaux-arts sur 2500 m2, une salle de spectacle de 1000 places, un théâtre et tout autant de preuves d’un savoir lire l’avenir dans l’interdisciplinarité. «Pour qui arrive en dernier sur la scène culturelle, c’était une carte à jouer, assure Giovanna Masoni Brenni, vice-maire de Lugano. Les barrières sont dans nos têtes, d’ailleurs elles l’étaient lorsque le projet a été lancé, les premiers 7 à 8 millions ont été lâchés sans ligne directrice. J’ai défendu celle de la pluridisciplinarité assortie à la notion de croissance culturelle. L’économie touristique et culturelle est, à l’échelon européen, plus puissante que celle de l’industrie automobile. Il faut le dire, le répéter et s’engager.»

Pour fédérer ses cultures et boxer dans une autre catégorie en se donnant des airs de ville, la preuve par l’acte se monte à 300 millions pour Lugano, dont deux tiers versés par la collectivité. La mesure est juste pour qui veut miser sur la culture, Giovanna Masoni Brenni en est convaincue: «Lugano, comme le Tessin, court après une image plus urbaine, le LAC va nous l’offrir avec son festival classique transformé en saison dirigée par le Lausannois Etienne Reymond, ses créations théâtrales qui s’ajouteront à notre vocation d’accueil, ses expositions temporaires et ses hôtes de marque en résidence: la Compagnie de Daniele Finzi Pasca et l’Orchestre de la suisse italienne. C’est sûr, la programmation ambitieuse du LAC va nous positionner en étape culturelle entre Bâle et Milan.»

Sur un air déjà connu

Cette reconnaissance, cette effervescence, Lugano les a vécues du temps des files d’attente mémorables devant la Villa Favorita, demeure de la famille Thyssen, qui créait l’événement artistique en Suisse, du temps où sa collection servait de monnaie d’échange pour faire sortir les impressionnistes de leur coffre-fort russe. Mais une histoire de sous en a décidé autrement, et depuis 1992, c’est à Madrid que les 1400 chefs-d’œuvre du baron attirent plus de 1 million de visiteurs annuels. Vingt-deux ans plus tard, on pourrait croire le crève-cœur oublié, il ne l’est pas! «Ça reste un choc, admet Marco Francioli, directeur des musées des beaux-arts fusionnés. Mais la promesse du LAC a suscité une nouvelle dynamique: des galeries se sont ouvertes, des artistes et des fondations d’artistes s’installent.»

Erigée sur un no man’s land abandonné par l’histoire hôtelière, la réalisation d’Ivano Gianola crée une agora qui assure une continuité entre les deux extrémités de la ville et se pose en carrefour des arts. Le stimulus parle à son directeur, Michel Gagnon, arrivé tout droit du vaisseau amiral de la Montréal culturelle, la Place des Arts. «Ce n’est pas un hasard si j’arrive ici avec ce bagage, l’ouverture à la pluridisciplinarité artistique, c’est aussi une ouverture vers l’extérieur. Il y a, ici, un vrai potentiel en termes de développement de publics. La preuve: les 2000 places des concerts d’ouverture des 25 et 27 septembre se sont vendues en quarante-cinq minutes!» (24 heures)

Créé: 25.07.2015, 09h13

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