Le pari fou d'un agronome suisse à Madagascar

Combattre le réchauffement (3/6)Depuis bientôt cinq ans, la Fondation EcoFormation plantant des arbres par millions… Reportage

Résultat d’un long et minutieux travail: les plantons sont mis en terre. Le choix des essences varie selon les endroits et les qualités des sols.

Résultat d’un long et minutieux travail: les plantons sont mis en terre. Le choix des essences varie selon les endroits et les qualités des sols. Image: ECOFORMATION

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«Depuis nos premières plantations en janvier 2011, nous avons produit 3,1 millions d’arbustes dans le but de reboiser quelque 2000 hectares. Pour reboiser les 6000 hectares cédés par l’Etat malgache à la coopérative de fermiers que nous soutenons, il reste à produire et à planter 6,4 millions de plants.»

Il aime la précision, Philippe Dubois. Normal, les chiffres qu’il fournit avec fierté traduisent l’ampleur du travail de reboisement accompli dans la région de Bekoratsaka, au nord de Madagascar, par la Fondation EcoFormation dont cet ingénieur agronome natif de La Chaux-de-Fonds est l’un des membres fondateurs.

Prise de conscience

«L’idée de faire quelque chose à Madagascar est née lors d’un voyage au nord de la Grande Ile en 2009», raconte avec passion ce sexagénaire toujours en mouvement. «Mandaté pour comprendre les raisons de la baisse des productions de café et de cacao, j’ai pris conscience que la déforestation n’était pas qu’un phénomène théorique. Non seulement, en voyant des km2 de forêts primaires détruites, les impacts négatifs sautaient aux yeux et les conséquences étaient quantifiables: baisse des récoltes de 40% du fait de la diminution des pluies, alimentation des rivières et des nappes phréatiques critiques, baisse des sources d’alimentation et de revenus pour les populations.»

De retour en Suisse, l’agronome établi à Blonay prend contact avec des amis, dont le professeur Baltz Gfeller, un ingénieur forestier réputé, consulte experts et spécialistes. L’aventure malgache peut commencer.

Trois piliers

Le projet mis sur pied par ces amoureux de la Grande Ile avec l’étroite collaboration de ses habitants repose sur trois piliers. Environnemental, bien sûr: les nouvelles forêts doivent permettre de séquestrer les gaz à effet de serre, favoriser la pluviométrie, lutter contre l’érosion, contribuer à rétablir la biodiversité. Mais, il doit aussi avoir un impact éducatif et social, par le biais de la formation des jeunes et la sensibilisation des populations, l’accès à l’eau potable et aux soins médicaux, etc. Et puis, last but not least, le volet économique doit permettre de créer des emplois, notamment pendant les périodes des plantations, et des microentreprises pour la production de plants et la commercialisation des produits agro-forestiers.

«Le projet mené par EcoFormation s’inscrit parfaitement dans cette nouvelle logique qui veut qu’il n’y ait pas de développement sans penser au climat et à l’écologie», commente le conseiller aux Etats vaudois Luc Recordon. Pour l’élu Vert, qui a participé en mai dernier à un voyage de parlementaires dans la Grande Ile, «le projet d’EcoFormation est d’excellente qualité, tant il est vrai que le reboisement est évidemment une des choses à faire à Madagascar».

Extrême pauvreté

Eh oui, connue pour sa faune et sa flore uniques au monde, Madagascar l’est aussi pour l’extrême pauvreté de sa population et la rapidité avec laquelle ses forêts perdent du terrain sous les effets dévastateurs de la déforestation. La culture sur brûlis (le «tavy», pratiqué pour convertir la forêt en rizières), l’abattage des arbres pour en faire du charbon de bois, l’exploitation massive des bois précieux et aujourd’hui le changement climatique sont identifiés comme les causes principales de la déforestation de la grande île de l’océan Indien.

Selon l’Office national malgache pour l’environnement (ONE), ce ne sont pas moins de 36?000 hectares de forêts naturelles qui disparaissent chaque année, soit environ une fois et demie la surface du canton de Genève. D’autres chiffres encore plus alarmants fournis par le WWF estiment à 200?000 hectares par an les surfaces de forêts perdues. «En 1952, rappelle Philippe Dubois, la couverture forestière était de 87%, elle est aujourd’hui de moins de 8%.» Si la tendance ne s’inverse pas, la forêt pourrait avoir totalement disparu de la Grande Ile d’ici à vingt ans.

Un fléau dénoncé dès l'époque coloniale

Même si elle n’est pas la seule à s’activer contre la déforestation à Madagascar – dénoncée dès 1889 en pleine ère coloniale – la petite ONG suisse mérite admiration et soutien. «Si l’on songe qu’un arbre coûte 75 centimes (plantation et entretien), notre budget annuel est de 470?000?francs. Mais c’est un budget qu’il n’est pas facile de boucler, conclut Philippe Dubois, alors que chacun se dit très touché par le changement climatique!»

La galerie photos et les vidéos d’EcoFormation sur www.ecoformation.org/fr

Créé: 05.08.2015, 11h14

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La Californie recycle l’eau des toilettes en eau potable

Los Angeles et la Californie ont soif. La sécheresse qui les frappe depuis quatre?ans démocratise peu à peu le recyclage d’eau utilisée pour les toilettes en eau potable. Alors que Los Angeles réfléchit encore à ce procédé qui consiste à purifier l’eau en la filtrant, puis en l’exposant à des rayons UV et en utilisant du peroxyde d’hydrogène, le comté voisin d’Orange l’a adopté depuis plusieurs années. Une station d’épuration construite à Fountain Valley, une ville de la banlieue de Los Angeles, produit 259 millions de litres d’eau recyclée par jour et alimente en eau quelque 850?000 personnes par an. La production doit être augmentée à 370 millions de litres par jour.

Mike Markus, le directeur de la station d’épuration de Fountain Valley, expliquait récemment à la chaîne CBS que ce procédé permettait de faire des économies par rapport à l’importation d’eau ou au dessalement d’eau de mer. Cette eau purifiée n’est cependant pas directement utilisée pour la consommation. Elle est stockée dans des réservoirs avant d’être utilisée à nouveau. A l’heure actuelle, seules deux villes texanes recyclent directement l’eau usée en eau potable aux Etats-Unis.

Dans son bureau de la mairie de Los Angeles, Gilbert Cedillo, un conseiller municipal, résume les enjeux du recyclage de l’eau pour la métropole de 4 millions d’habitants: «Ce projet, baptisé «des toilettes au robinet», soulève des questions», glisse-t-il. «La technologie est-elle fiable? Elle l’est. A partir de là, y a-t-il une volonté politique et la population est-elle prête à accepter ce genre d’initiative? Je pense que plus la sécheresse se poursuit, plus les gens pourraient être amenés à changer d’avis sur cette question.»

L’agriculture californienne consomme 80% de l’eau dans l’Etat, mais les autorités concentrent pour l’instant leurs efforts sur la consommation de la population. Le gouverneur de Californie Jerry Brown a ordonné que les habitants de l’Etat réduisent de 25% leur consommation d’eau d’ici à 2016. Eric Garcetti, le maire de Los Angeles, a présenté un plan en octobre de l’année dernière pour atteindre une réduction de la consommation d’eau de 20% d’ici à 2017.

La Municipalité de Los Angeles est sur le point d’ordonner aux habitants de limiter l’arrosage de leurs pelouses à deux fois par semaine. La raison: en juin, la ville a réussi à atteindre de justesse ses objectifs en matière de réduction de la consommation d’eau. «A l’heure où nous incitons les gens à moins arroser la pelouse de leur maison, l’eau recyclée pourrait être une solution», précise Gilbert Cedillo. Certains habitants de Los Angeles ont d’ailleurs décidé de le faire à leur échelle. La semaine dernière, le magazine LA Weekly a rencontré Cat et Jonney Ahmanson, un couple qui a équipé sa maison d’un système pour recycler l’eau de la salle de bains afin d’arroser le jardin. Selon un rapport de l’association WaterReuse, l’eau recyclée et purifiée pourrait couvrir les besoins en eau de 8 millions d’habitants en Californie. «Les progrès techniques nous offrent des solutions, conclut Gilbert Cedillo. Mais la question est de savoir si nous sommes prêts à les accepter.» Jean-Cosme Delaloye, envoyé spécial à Los Angeles

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