Sur les traces des chemins millénaires de l'or blanc

Sauts de frontières (3/6)Entre Yverdon et Salins-les-Bains, l'histoire des liens du sel.

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La visite commence au milieu d’une vaste pelouse. Une maigre barrière encadre la fosse d’un escalier qui s’enfonce sous terre. On est au cœur de Salins-les-Bains, sous les falaises fortifiées de l’étroite «reculée» du Jura français où se niche cette petite cité. Pendant des siècles, elle a connu une extraordinaire prospérité grâce au sel que contient son sous-sol. De cette riche époque subsistent la halle aux poêles avec ses deux hautes cheminées et l’imposante maison du Pardessus. Ce drôle de nom désignant la fonction du superintendant de Louis XIV, qui, en 1674, enleva la ville aux Bourguignons.

Cinquante marches plus bas, le visiteur saisit les proportions de la manufacture disparue en s’engageant dans une galerie longue de 165 mètres, construite au XIIIe siècle entre deux puits à la façon d’une cathédrale. Une roue à aubes y anime encore des pompes qui aspirent la saumure remontant d’une couche de sel gemme enfouie 264 mètres plus bas. «L’exploitation des sources salées a commencé il y a cinq mille ans», relève la guide du Musée du Sel avant de raconter comment les techniques de captage et les procédés d’extraction se sont perfectionnés au fil des siècles. Malgré ces progrès, la fabrique a fermé en 1962. «Savez-vous pourquoi? A cause de deux inventions, celles du congélateur et de la boîte de conserve», qui se sont substitués à la salaison des aliments périssables.

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Le sel, une préoccupation constante
Du sel, le territoire helvétique en a été dépourvu jusqu’à ce que le gisement de Bex commence à être exploité intensivement au XVIIe siècle. Encore cela n’a-t-il répondu qu’à une partie des besoins de Berne. Ainsi, jusqu’à la découverte en 1836 des ressources de Schweizerhalle, près de Bâle, l’approvisionnement en sel a été une préoccupation constante des cantons suisses. Leurs traités d’alliance avec les souverains successifs de la Franche-Comté en témoignent: ils incluaient tous les conditions de vente et d’acheminement du sel qui était compté en bosses, du nom des tonneaux transportés par des convois de chars.

Pour approcher cette histoire, le mieux est encore de partir de Suisse, comme l’a fait le prieur de Romainmôtier en 1083 pour aller réclamer à Salins les droits de sa communauté sur la production d’une chaudière. «C’est la plus ancienne notation retrouvée attestant de ces liens», relève Christian Schulé. Dans le cadre du programme touristique Terra Salina, cet historien vaudois s’apprête à publier une plaquette sur la place que le négoce du sel occupa à Yverdon. Après avoir pris le Pays de Vaud aux Savoyards, en 1536, puis établi en 1636 un monopole d’Etat sur ce commerce, Berne en fit une plaque tournante pour l’approvisionnement de ses territoires. Au bord de la Thielle, un seul de ses grands entrepôts a subsisté. C’est l’édifice des anciennes casernes, qui abrite de nos jours le Tribunal d’arrondissement.

Dans la forêt de Ballaigues, au-dessus de Vallorbe, on retrouve sur quelques centaines de mètres les dalles du chemin à ornières que les Bernois aménagèrent sur la voie antique passant par le col de Jougne. Au fond de la cluse qui y mène, la chapelle de Ferrière rappelle que c’était aussi la voie historique des moines et des pèlerins. Elle est vouée à saint Maurice, comme beaucoup d’autres églises de Franche-Comté liées à l’abbaye valaisanne de Saint-Maurice d’Agaune.

Pour rejoindre Salins, Marcel Béguelin préfère passer par le col des Etroits, au-dessus de Sainte-Croix, qui a aussi été une étape des chars à bosses. Dessinateur technique de formation, ce septuagénaire de Baulmes a participé à la fin des années 1990 aux fouilles qui ont mis en valeur la voie à rainures de la Côte de Vuitebœuf. En activité depuis le XIVe siècle, ce chemin médiéval est délaissé au XVIIIe, les Bernois privilégiant la voie de Jougne.

Sur les chemins de contrebande
Depuis qu’il est à la retraite, Marcel Béguelin propose des randonnées en groupe de quelques jours à la recherche en Franche-Comté des anciens chemins du sel. Leurs traces sont rares, mais leur histoire reste dans la mémoire locale. Comme aux Fourgs, à la frontière, où la contrebande se faisait de la Suisse vers la France, où le sel était beaucoup plus cher à cause des taxes.

Au-delà de Pontarlier, en suivant une des voies du Tacot, petit réseau ferroviaire désaffecté, Marcel Béguelin fait découvrir trois des entrepôts encore existants où les convoyeurs de chars à bosses se relayaient. L’un d’eux, au Souillot (sur la commune de Chapelle-d’Huin), a d’ailleurs retrouvé sa vocation d’origine à l’enseigne de l’auberge et gîte du Relais des Salines. Sur la suite du chemin, les randonneurs passent par deux autres voies à ornières préservées. L’une au «passage antique» de Chalamont avec son péage taillé dans le roc. L’autre en plein pâturage, près d’une chapelle, peu avant la plongée sur Salins, classé au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2009. (24 heures)

Créé: 08.07.2015, 07h59

A pied, à vélo ou en voiture

Terra Salina Que l’on souhaite découvrir les voies du sel à pied, à vélo ou en voiture, ce nouveau programme de promotion touristique franco-suisse facilite la préparation de l’excursion. Son site web propose plusieurs itinéraires, dont une via salina entre Berne et Arc-et-Senans. Il permet la réservation des hôtels avec transfert des bagages. Un topo-guide réalisé par la Fédération française de randonnée sera diffusé le 20 août.

www.terrasalina.eu

Randonnée en groupe En guide indépendant et en toute simplicité, Marcel Béguelin propose des marches de quelques jours à la découverte des vestiges des chemins du sel.
Hébergement en gîte.

079 294 92 33
024 459 14 00

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