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Quand «Léonie» chantait pour les Romands«Si j’avais le temps…»

En 2004, c’était «Que du bonheur» avec Annie Cordy (76 ans), en tournée romande. Elle carburait toujours au même régime: la pêche! Propos toniques pour interview téléphonique.

Annie Cordy, de son vrai nom Léonie Cooreman, née à Bruxelles, a ses fans chez elle, en France et en Suisse, mais pas seulement. De Berlin au Japon, en passant par l’ex-URSS, elle a su toucher aussi.
Annie Cordy, de son vrai nom Léonie Cooreman, née à Bruxelles, a ses fans chez elle, en France et en Suisse, mais pas seulement. De Berlin au Japon, en passant par l’ex-URSS, elle a su toucher aussi.
Getty Images

La version originale de cet échange a été publiée le 14 octobre 2004.

Prendre une décharge de bonheur, c’est possible. Il suffit d’appeler Annie Cordy. Même au téléphone, elle a le sens de l’accueil. Tonique, la tatie. L’écrire n’est pas lui faire injure. C’est elle qui le dit. Elle a passé l’âge de cacher le sien: 76 ans. Les fausses pudeurs ont laissé la place depuis longtemps aux vraies valeurs. Elle chante sur les scènes du monde entier depuis un demi-siècle et n’a pas du tout l’intention de mettre un bémol à cette activité. Annie Cordy carbure toujours au même régime: la pêche!

Le hasard fait qu’elle enchaîne les casinos: celui de Montreux, lors d’un précédent récital en Pays de Vaud, celui de Paris, en décembre de l’année dernière, et celui de Genève, dans quelques jours, dans le cadre de sa nouvelle tournée romande. Et ceux de Las Vegas? «Jamais été, répond-elle. Mais à New York oui, au Plaza. Je n’aime pas tellement les casinos, en fait. Je préfère jouer avec mes cartes à moi.» Pas de poker menteur avec elle: «Si vous êtes sincère, les choses durent. On peut tromper le public un moment seulement. Je mets le mien dans la confidence, même quand je me trompe sur scène, tout en gardant une certaine distance, tout en protégeant mon intimité. Mais je crois être très à l’écoute des autres.»

Toutes les générations

Annie Cordy fait partie de la famille de beaucoup de gens, toutes couches sociales confondues: «À mes spectacles, il y a désormais la quatrième génération de spectateurs. Je me souviens de ce garçon de 7 ans qui savait une de mes chansons; je lui ai demandé d’où il la connaissait et il m’a répondu: «C’est ma tatie, ma mémé, qui me l’a apprise.» Annie Cordy, de son vrai nom Léonie Cooreman, née à Bruxelles, a ses fans chez elle, en France et en Suisse, mais pas seulement. De Berlin au Japon, en passant par l’ex-URSS, elle a su toucher aussi: «Mais je reste plutôt francophone. Je n’ai pas besoin de m’expatrier.»

Son agenda est chargé. Si les revues, les comédies musicales et les opérettes font partie des beaux souvenirs, il lui reste les tours de chant et la comédie, à la télé ou au cinéma. Et la sculpture? «Non, non! Ce serait plutôt la peinture. Il y a trente ans, je peignais le dimanche… C’est comme le piano, je joue d’une main, la droite, je déchiffre comme je peux, mais la gauche ne veut pas suivre! Ah! si j’avais le temps… Mais il nous bouffe tous.»

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Au bout du compte, Annie Cordy a connu bien plus de galas que de galères: «C’est vrai. J’ai eu un bol formidable. Des femmes qui chantent, dansent et font rire, il n’y en avait pas beaucoup. Un métier de fantaisiste, comme on disait. J’étais chanteuse d’orchestre. J’avais élargi mon répertoire au jazz. C’est drôle, après-guerre, je chantais dans ce même Hôtel Métropole de Bruxelles où vous m’appelez aujourd’hui! Il y avait des GI. Ils notaient sur les bocks, qu’on met sous les bières, le titre d’une chanson qu’ils voulaient que je chante et me les lançaient sur scène!»

Dans son récital, Annie Cordy reprend «La boîte de jazz», de Michel Jonasz, mais aussi «Petite fleur», de Sidney Bechet: «C’est moi qui l’ai créée en 1959!» Elle chante aussi «Notre dernier automne», «sans tristesse, mais avec la joie d’avoir eu une belle vie. Il y a plein de couleurs différentes dans ce spectacle qui, je crois, va crescendo.» On y entend aussi, pendant une heure et quarante minutes, les notes de Gershwin ou de Glenn Miller et des airs de comédie musicale. En tout: 17 chansons. Et cinq musiciens pour l’accompagner. Comme l’indique le titre de la tournée: «Que du bonheur!» «Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous», disait Barbara à son public. Il en est de même pour Annie Cordy avec le sien. Non sans trac: «Même après toutes ces années, c’est à chaque fois comme un premier rendez-vous!»