14 juin, essai de mode d’emploi au masculin…

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Il faut regarder d’où l’on vient. Cela permet aussi de voir le chemin qui reste à parcourir. Il y a tout juste un siècle dans ce canton, des femmes manifestaient contre le droit de vote pour elles et leurs «congénères».

Au risque de créer «de nouveaux devoirs dont elle (ndlr: la femme donc, l’épouse indubitablement dévouée et la mère forcément soumise) ne pourra s’acquitter qu’au préjudice de ses devoirs familiaux». Avec, en sus, un risque d’infiltration d’une idéologie «bolchevique». La Ligue féministe antisuffragiste pour les réformes sociales naît dans la foulée. Elle mourra heureusement peu après.

C’est un mec qui vous raconte ça en page 24. Et à la suivante Lise Bourgeois se souvient de la première grève des femmes de 1991. Et force est de constater que «24 heures», alors déjà dirigé par des hommes – la nomination de la première rédactrice en chef adjointe date de 2006 et on attend toujours la première rédactrice en chef tout court –, n’avait pas mis beaucoup d’énergie et de place à raconter tout ça dans le détail. Même le jour J, le reportage signé par UN journaliste mettait en avant un slogan somme toute assez paternaliste («Sans les femmes, la vie serait moins douce»).

Et pourtant il y avait sans doute de quoi raconter plus. À la non-élection de Lilian Uchtenhagen (1983) allait suivre celle de Christiane Brunner (1993), aussi écœurantes l’une que l’autre. Tout comme l’a été, dans une certaine mesure, l’éviction d’Elisabeth Kopp (1989). Aurait-on exigé pareille démission si cela avait été un homme? La réponse, c’est Françoise Giroud qui l’a déjà donnée: il y aura égalité lorsqu’une femme incompétente sera nommée au pouvoir. Et le restera quand on le découvrira, pourrait-on ajouter.

Pour un homme – même lorsqu’il croit à la cause ou qu’en tout cas il croit y croire –, il y a certainement quelque chose qui lui échappe dans ce mouvement. Lui pense certainement qu’il fait largement sa part et que les tâches ménagères et/ou familiales sont équitablement réparties. Sans tenir un carnet du lait dont il imagine qu’il lui donnerait raison. Mais qui dans les faits le démentirait. Cette grève, cela permet aussi de parler de ça. Ou, au moins, au mâle de se livrer à son introspection sur le sujet. Une journée tous les vingt-huit ans pour remuer tout ça, c’est finalement bien peu.

Il y aura bien sûr des choses moins roses, ou moins mauves, vendredi. Un mouvement par trop récupéré par la gauche radicale et ses idées dont on n’est pas persuadé qu’elles incluent les préoccupations des classes populaires. Les doutes des femmes se disant de droite ou des milieux agricoles et le sentiment, réel ou ressenti, d’un mouvement excluant les hommes «solidaires». Bref, du clivant comme notre société l’aime tant. Il ne reste pas moins que la fin, la faim même, justifie les moyens. (24 heures)

Créé: 08.06.2019, 08h31

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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