Comme la Suisse, Jésus n’existe pas...

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… trois petits points. Trois petits points pour prévenir que le blasphème potentiel du titre de l’édito mérite une suite. Trois petits points que Ben aurait pu ajouter à son «La Suisse n’existe pas» en 1992, suscitant déjà, alors, la polémique lors de l’Exposition universelle de Séville.

Idem pour Ada Marra, qui a peut-être payé de ces mêmes cinq petits mots, pourtant écrits à la veille du 1er Août 2017, une part de sa non-élection au Conseil des États cet automne. Ou, en tout cas, le flot de haine bien peu chrétien que cela continue à susciter sur les réseaux sociaux. Parce que, de quelque bord politique qu’on soit, on peut bien dire ou écrire ce qu’on veut, mais force est de constater que notre pays continue à se caractériser par des dimensions locales et régionales fortes et une dimension nationale plutôt faible. Et que ce phénomène a plutôt tendance à s’accélérer.


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Pour le Christ, c’est un peu la même chose. Écrire «Jésus n’existe pas…» le jour même où l’on célèbre sa naissance, ce n’est pas vraiment le nier, c’est juste laisser la place au doute et au débat. Notre traditionnelle interview de Noël ne donne pas cette année la parole à un prêtre, un pasteur, un théologien ou un philosophe. Mais à un artiste athée qui s’intéresse à un personnage historique cher à la chrétienté. Le nouveau messie du théâtre, qui tourne un film sur le sujet à Matera, où Pier Paolo Pasolini et Mel Gibson ont déjà fait du seigneur un personnage de fiction. Ceux qui auront vu ce mois encore son «Orestes in Mosul» sur la scène de Vidy savent la force contemporaine que peuvent avoir ses mises en scène. Milo Rau est majeur.

«Le jour même de sa naissance, plus que le nier, c’est laisser la place au doute, au débat»

Jésus n’existe pas... Pas plus que Mahomet, Siddhartha ou Guillaume Tell. Pas moins non plus. Mais leur esprit, à chacun, est bien là. Plutôt que de détourner leur pensée, plutôt que de travestir les messages qu’ils nous auraient laissés pour en faire autant d’objets de division et de communautarisme, ces célébrations, rites, pratiques religieuses ou spirituelles devraient, pourraient très bien, entremêler solidarité, liberté individuelle, indépendance et altruisme. Joyeux Noël, non?

Créé: 24.12.2019, 06h44

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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