Erdogan, la grande fuite en avant

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«Ils ont le dollar, nous avons Allah.» La phrase est signée Recep Tayyip Erdogan, et traduit la situation précaire de la Turquie face aux marchés financiers. Il n’y a pas si longtemps, le président turc pouvait compter sur sa propre monnaie, la livre, comme sur le Tout-Puissant. Durant près de deux décennies, il a tenu sa promesse d’une croissance vigoureuse. Mais le vent a tourné et Ankara doit désormais faire face à des défis économiques en cascade, alimentant la peur des marchés, ce qui accélère à son tour la crise.


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S’il est désormais en si mauvaise posture, c’est que sa promesse d’expansion économique n’était pas gratuite. En échange, de nombreux Turcs lui ont concédé un pouvoir grandissant sur les institutions. De réformes constitutionnelles en nominations à la tête des ministères, Recep Tayyip Erdogan a profondément remodelé le paysage politique. Et l’une de ces décisions revient aujourd’hui le hanter.

Sous son impulsion, la Banque centrale a perdu beaucoup de son indépendance. Or, la capacité d’une telle banque à agir libre de toute contrainte politique constitue la pierre angulaire de la confiance des investisseurs. Cet affaiblissement, les marchés l’ont bien noté.

Mais le président ne semble plus en mesure de se dédire. Sa réponse: les problèmes de la Turquie sont le fruit d’un complot extérieur. Ne manquait plus qu’une fâcherie avec les États-Unis et l’imposition par ces derniers de nouveaux droits de douane pour que Recep Tayyip Erdogan trouve la preuve du «complot». Si un allié traite son pays de cette manière, a-t-il expliqué, peut-être est-il temps de se chercher d’autres alliés. En clair, l’idée que la Turquie quitte l’OTAN n’est plus taboue.

D’une crise économique en passant par une crise institutionnelle, voici donc Ankara prête à générer une crise diplomatique majeure avec son principal allié. La voie choisie par le président est tristement évidente: la fuite en avant. (24 heures)

Créé: 13.08.2018, 22h24

Marc Allgöwer,
Chef de la rubrique Monde

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