Faiseurs de Suisse, saison 2

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Dans une société qui s’individualise, se compartimente, se mondialise – les trois à la fois, souvent –, les paradoxes sont incontournables. On n’a probablement jamais autant parlé de l’étranger, de la peur et des dangers qu’il représente, alors que les statistiques des demandeurs d’asile sont, mois après mois, en baisse constante. Que celles sur la criminalité, et les amalgames que l’on peut faire sur cette question, sont également en nette diminution. Mais il faut bien un bouc émissaire pour répondre à nos craintes.


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Sur l’intégration, le débat se cristallise. Jusqu’à ce qui serait censé être l’aboutissement suprême de son processus: la naturalisation. Cette semaine, on constatait que les étrangers «romands» ayant le droit de postuler au passeport rouge et blanc le demandaient désormais de moins en moins. Notamment parce que le durcissement de la loi appliqué depuis le début de l’année implique un examen de langue nettement plus difficile. Principalement pour l’écrit. Sur les réseaux sociaux et dans les commentaires des sites, on a donc pu lire, dans une syntaxe, une orthographe et un style souvent assez confondants, de nombreux bons gars bien de chez nous verbaliser que la moindre des choses pour un candidat à la nationalité suisse, c’était de maîtriser la langue de Molière.

L’autre affaire que «24 heures» a révélée dans la torpeur de l’été, et qui trouve son épilogue aujourd’hui, est plus épineuse. Cette fois-ci, ce ne sont pas les compétences du candidat qui comptent, mais son comportement. Ne pas serrer la main de celui ou celle qui vous la tend et ne pas lui répondre parce qu’il est du sexe opposé, «c’est nier l’égalité entre homme et femme», plaide la Municipalité pour justifier un refus d’accorder un passeport suisse. En avril, le Conseil d’État français avait tranché identiquement dans un cas similaire. Au contraire de la Suède, qui a dédommagé une musulmane «discriminée» lors d’un entretien d’embauche en Suède. Au nom de la liberté religieuse. Entre ceux qui considèrent que la procédure de naturalisation est un acte administratif comme un autre et les tenants d’une laïcité pure et dure, le débat fissure même les lignes partisanes, notamment à gauche.

Créé: 17.08.2018, 22h15

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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