La perche, les yeux dans les yeux

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Comme vous, j’aime les filets de perche. Plus qu’un petit poisson, elle fait la fierté de notre gastronomie. On le sait bien, les perches de nos lacs ne suffisent pas à assouvir notre appétit. Mais on est loin d’imaginer que 95% des filets consommés dans notre pays viennent d’ailleurs.


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Ne me demandez pas si les perches venues de l’Est sont moins bonnes que les nôtres. C’est à un tout autre voyage que je vous invite. Parce qu’en mangeant un steak, vous voulez savoir où a grandi cette vache et dans quelles conditions, je vous propose de suivre la perche.

En commençant cette enquête, il y a plusieurs mois, j’étais loin de me douter que la filière du poisson était si complexe et si peu transparente. Qui aurait cru que le nombre de tonnes de perches importées est une donnée secrète de la Confédération? Savoir qui les importe, et à quels prix, l’est tout autant. Et les réticences ne sont pas moins grandes pour nous laisser entrer dans une usine de poissons à 2500 kilomètres d’ici ou embarquer sur un bateau de pêcheurs estoniens.

«Le marché du poisson est un gros business aux abysses pas toujours très nets»

Soyons clairs, le marché du poisson est un gros business aux abysses pas toujours très nets. La pêche industrielle, on ne la voit pas. Les tonnes de perches sauvages extraites d’un lac russo-estonien, on n’y pense pas. C’est cet envers du décor que vous pourrez goûter durant deux jours dans notre journal et sur notre site.


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Le filet de perche est un tel symbole que certains ont hésité à nous parler, craignant de voir leur réputation salie. Ce n’est pas mon intention. Mais la transparence, elle, est un droit. Et, à ce sujet, des progrès restent à faire. La pêche illégale, la traçabilité parfois mensongère, les techniques douteuses pour vous faire manger du poisson plus blanc ou plus éthique, il ne doit pas y avoir de tabou à en parler.


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Mais ce voyage, ce n’est pas que cela. De la Suisse à l’Estonie, suivre la perche, c’est aussi aller à la découverte d’hommes et de femmes. Comme Anatoli, passé de la contrebande de vodka à la pêche. Comme cette femme qui se bat, à la tête de la plus grande usine de poisson d’Estonie, pour garantir l’emploi des petites mains qui découpent nos filets. Ou comme ces grossistes suisses qui se démènent pour que nous mangions les meilleures perches possible. Merci à eux.

Créé: 12.07.2019, 06h50

Pascale Burnier, rédactrice en chef adjointe

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