Lutte de façade contre l’argent sale

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Depuis plus de vingt ans, l’argent russe fait la fortune de la Suisse. Des banques aux hôtels de luxe en passant par les vendeurs de pétrole, de sacs à main et de 4x4, tout le monde profite de la manne venue de l’ex-Union soviétique. On comprend enfin comment cet argent a pu inonder notre place financière malgré les embûches placées par les autorités russes, mais aussi par les banques suisses, qui étaient censées vérifier scrupuleusement la provenance de l’argent pour lutter contre le crime organisé et la corruption.


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Durant des mois, un collectif de journalistes internationaux, comprenant la cellule enquête de Tamedia, a analysé des milliers de documents provenant de la très douteuse banque lituanienne Ukio. Sa conclusion est sans appel: il a suffi de faux contrats, mal faits et produits à la chaîne, pour faire avaler d’énormes transactions aux services antiblanchiment des banques suisses. Le tout était orchestré par la banque russe Troika Dialog, qui avait construit dans l’ombre une «pompe à phynance» aussi indétectable qu’efficace, appelée «Laundromat» dans le jargon.

«Ces réseaux ont perverti nos systèmes financiers, tournant en ridicule les défenses antiblanchiment»

Est-ce grave? Non si l’on considère que tout argent est bon à prendre et que son origine est sans importance. Après tout, une partie des transactions permettait à des Russes honnêtes de mettre leur argent à l’abri, loin de l’instabilité politique, de leur fisc vorace et de la volatilité du rouble. Mais le «Laundromat» et les systèmes apparentés ont aussi permis à des oligarques brutaux de bétonner leur pouvoir (et celui du Kremlin), voire au crime organisé d’investir le produit de ses fraudes. Surtout, ces réseaux ont perverti nos systèmes financiers, tournant en ridicule les défenses antiblanchiment qui devaient nous prémunir des intrusions incontrôlées d’argent douteux.


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Une fois de plus, les contrôles étatiques sont dépassés par l’agilité et la fluidité de la finance transnationale. Ils doivent s’adapter, et vite, pour devenir plus réactifs, plus mordants. La Suisse, qui se veut un élève modèle dans ce domaine, a tout intérêt à montrer l’exemple, sans se complaire dans une autosatisfaction qui n’est plus de mise. (24 heures)

Créé: 04.03.2019, 21h03

Sylvain Besson, journaliste de la Cellule Enquête

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