Melgar et le risque de devenir Don Quichotte

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L’émotion citoyenne versus le dogmatisme partisan. Si on voulait caricaturer le débat sur le deal de rue à Lausanne, on pourrait résumer à cela les échanges sur les réseaux sociaux et dans les médias entre Fernand Melgar et l’élu SolidaritéS à la parole bien faite Pierre Conscience. Le cinéaste lausannois, pour la caste «humaniste» à laquelle il est censé appartenir, a un gros défaut: un certain pragmatisme. Il fait partie de ceux qui peuvent défendre un idéal sans pour autant être constamment manichéen. Quitte à paradoxalement devenir acteur en jurant par tous les dieux souhaiter rester observateur critique.

Fernand Melgar est donc un social traître, désormais honni par une certaine frange extrême gauchienne qui ne veut voir dans les émigrés illégaux que des martyrs du capitalisme sauvage et dans les institutions démocratiques leur servile dévot. Le message du documentariste est même salué sur certains sites ultraconservateurs, c’est dire si c’est «un pourri» qui a retourné sa veste.

D’ailleurs, l’autoproclamée «mule andalouse» n’en est pas à son coup d’essai. Rappelons que Fernand Melgar fut aussi vu comme un «fasciste». C’est Paulo Branco qui avait trouvé cette appellation. Alors président du jury à Locarno, le producteur portugais, révolution des œillères oblige, avait jugé que «Vol spécial» laissait bien trop la parole à ces salauds de fonctionnaires collabos chargés de renvoyer les requérants déboutés. C’est le même producteur qui, dans une vision assez totalitaire de son rôle, a tenté d’empêcher la sortie du film de Terry Gilliam sur Don Quichotte qu’il devait financer sans jamais réussir à réunir l’argent nécessaire.

«Il reste désormais au cinéaste à savoir où et quand s’arrêter»

Mais revenons à Fernand Melgar. Si, contrairement à ce que certains disent ou écrivent, l’artiste engagé ne révèle rien sur une situation désormais connue et documentée, le citoyen médiatique aura mis le poids de son aura dans le débat. Pour que cela soit utile plus que cela ne dérape, il reste désormais au cinéaste, qui dit ne pas avoir de solutions à donner aux élus, à savoir où et quand s’arrêter. Pour laisser le temps de passer de la (re)prise de conscience à l’action politique. On a désormais compris le propos. Photographier les illégaux en phase d’attente potentielle de deal devant les collèges ou les tags débiles et insultants à son encontre et publier le tout sur Facebook alimente un moulin à vent porté par la haine extrémiste, d’où qu’elle vienne. (24 heures)

Créé: 01.06.2018, 21h17

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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