«Pourquoi tu ne parles pas de la fin du «Matin?»

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J’ai déjà vécu la fin d’un journal en papier. C’était en 2003 et il n’avait pas 125 ans au compteur. À peine trois, en fait. J’ai pleuré quand mon éditeur alémanique d’alors est venu m’annoncer en anglais que tout était fini. C’était mon premier job de journaliste. Cette petite mort m’a aussi permis de devenir ce que je suis aujourd’hui, puisque c’est avec «24 heures» que j’ai négocié mon transfert. Et Dieu sait que j’aime ce journal.

Jeudi, de toutes parts, on m’a demandé pourquoi je ne faisais pas d’édito sur la fin de l’aventure imprimée du «Matin» semaine. J’avoue que l’idée m’a travaillé. Pourrais-je vraiment dire tout ce que j’avais sur le cœur? Bien sûr que non. Parce que je suis un employé de l’éditeur qui a pris cette décision. Mais aussi parce que je n’ai pas envie d’être un donneur de leçons. Dans cet environnement tempétueux que traverse la presse dite écrite mais qui l’est de moins en moins, il n’y a pas de vérité. Juste un immense champ d’expériences à encore tenter. Pour le meilleur et, parfois, pour le pire.

On pense évidemment beaucoup à vous, amis collègues

«Le Matin», pour en revenir à lui, je l’aime aussi. Différemment. C’est depuis longtemps ma première lecture du… matin. Sa manière de couvrir le sport est formidable. Enfant déjà, j’y cherchais les rumeurs de transferts de mon club chéri dont je tairai le nom pour ne pas froisser la susceptibilité vaudoise. Cette institution des bistrots fait partie de l’inconscient collectif de ce pays. Qui met en scène des sujets comme «24 heures» n’a souvent pas su le faire. En la matière, il est source d’inspiration. Sur le fait divers au sens large – un genre populaire souvent dénigré à tort et qui raconte beaucoup sur notre société –, il est un concurrent nécessaire qui sert d’aiguillon.

Grégoire Nappey s’en va. J’aimerais saluer la droiture exemplaire d’un confrère exigeant, cultivé et ambitieux. «Le Matin» ne sera plus que.ch et d’autres à l’étranger ont fait ce pari ou sont sur le point de le faire. Les incertitudes sont nombreuses, tant sa rédaction est bousculée par ce choc brutal et les licenciements qui vont avec. On pense évidemment beaucoup à vous, amis collègues. Il y a évidemment de la place en Suisse romande pour ce quotidien qu’on adore détester ne serait-ce que parce qu’il n’y a rien de pire que l’indifférence. Je souhaite sincèrement longue vie au «Matin» et à la presse dans son ensemble. Quel que soit son support, je reste convaincu de son utilité et du potentiel de sa pérennité. (24 heures)

Créé: 08.06.2018, 22h29

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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