Procureur, le mal-aimé de la justice?

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Le proc. Ou la proc puisque la profession compte un nombre croissant de femmes. Telle est l’appellation familière des procureurs, ces magistrats reconnaissables, au tribunal, à la bande de tissu rouge – l’épitoge – portée à l’épaule par-dessus leur robe noire.

«Le proc», c’est aussi le titre d’une série de TV française des années 2000. Une bonne dose d’action romancée passablement éloignée de la réalité quotidienne de «nos» procureurs. Ceux-ci, lors de leurs services de piquet, reçoivent des appels qui ne leur apportent pas toujours des affaires passionnantes.


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La police doit les déranger de nuit, et pendant les week-ends, pour obtenir l’autorisation de procéder à la prise de sang des conducteurs ivres. Sans ce feu vert, l’opération n’est pas valable. Ainsi en a décidé le Tribunal fédéral. Cette contrainte illustre à quel point le métier a évolué.

Jusqu’en 2011, année de la réforme du Code fédéral de procédure pénale, la mission du procureur était de représenter la société en portant l’accusation devant les tribunaux. À partir de 2011, une charge supplémentaire lui a été attribuée, la conduite des enquêtes pénales. C’est à ce stade que le ton s’est fortement durci ces dernières années.

Le risque, c’est que cette position de «vilain petit canard» de la magistrature rebute des personnalités compétentes incitées à trouver leur bonheur ailleurs

À coups de demandes de récusation et de critiques virulentes, justifiées ou non, contre l’inexpérience, voire l’incompétence de certains magistrats, des avocats n’hésitent pas à mettre en cause le travail des procureurs afin de défendre leurs clients.

Dans l’univers nettement plus ritualisé, et encore feutré, des tribunaux, les juges sont beaucoup moins exposés. Un avocat expérimenté comme Christophe Piguet, ancien bâtonnier, met le doigt sur le problème: «La profession de procureur est l’une des plus difficiles dans le monde judiciaire; elle n’est à mon avis pas assez valorisée.»

Même si le Conseil d’État a fait un effort de majoration de leurs revenus cet été, les procureurs ne sont toujours pas des magistrats comme les autres: ils n’ont pas le même statut que les juges des tribunaux, contrairement à la situation qui règne dans d’autres cantons. Les minimums salariaux restent défavorables aux procureurs. Le risque, c’est que cette position de «vilain petit canard» de la magistrature rebute des personnalités compétentes incitées à trouver leur bonheur ailleurs.

(24 heures)

Créé: 12.10.2018, 06h54

Philippe Maspoli, rubrique Vaud & Régions

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