UBS, ou le fantôme de nos vieilles turpitudes

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Pour UBS, l’amende record de 3,7 milliards d’euros prononcée mercredi par la 32e Chambre du Tribunal correctionnel de Paris, à laquelle s’ajoutent 800 millions de dommages et intérêts, est une totale stupéfaction. Comment est-ce possible, alors qu’il n’y a pas de preuves? Rien de formel, d’incontestable.


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Pour un banquier suisse, a fortiori peut-être quand il est Zurichois, biberonné des dizaines d’années durant aux douceurs du secret bancaire, la loi est quelque chose de sérieux, surtout quand elle vous protège vous et vos clients. Certes, depuis le début des années 2000, la loi est de moins en moins protectrice et elle a fini, en 2017, par reconnaître l’échange automatique d’informations.

«Le problème du banquier zurichois, c’est qu’il n’a pas mesuré l’ampleur du ressentiment français»

C’est dans cette période de changement qu’interviennent les faits reprochés à UBS en France. On sait que la banque abritait massivement des fraudeurs fiscaux français; la question est de savoir si elle continuait à les encourager et à en profiter dans la période incriminée. C’est une évidence, affirme la justice hexagonale. Prouvez-le, réplique la banque.

Le problème du banquier zurichois, c’est qu’il n’a pas mesuré l’ampleur du ressentiment français. Le problème, c’est qu’il a même oublié les racines de ce ressentiment: car le secret bancaire est né en 1932 pour bloquer, tiens donc!, la police parisienne, qui avait mis la main sur une liste de 2000 clients qui planquaient leur argent dans une banque suisse… L’histoire a de drôles de bégaiements.

En refusant un accord avec la justice française, UBS a estimé sa position juridique assez solide pour l’emporter. À Zurich, peut-être. Ou à Genève. Ou encore à New York. Mais à Paris, où l’ambiance politique, le sens de l’équité, de la justice, des «prérogatives régaliennes de l’État» – pour reprendre une expression citée à plusieurs reprises par la juge Christine Mée – pèsent d’un autre poids?

Pour l’image de la Suisse, cette condamnation n’est pas réjouissante car elle fait écho à nos anciennes turpitudes. Il y aura recours, l’affaire n’est pas tranchée, nos turpitudes anciennes n’ont pas fini de nous encombrer.

Créé: 20.02.2019, 22h12

Alain Rebetez, correspondant à Paris

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