Alep ou l’Occident mis à nu

L'EditorialWashington et Moscou font mine d'oeuvrer à la paix et de soutenir les civils. Des discours creux.

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La bataille d’Alep est un terrifiant révélateur de l’hypocrisie générale. L’Occident s’émeut, mais pas trop, des bombardements sur les zones habitées. Après tout, Moscou martèle que la ville est tenue par le Front al-Nosra, c’est-à-dire la branche syrienne d’Al-Qaida. Bref, des terroristes qui ne sont pas concernés par le cessez-le-feu conclu fin février entre les Etats-Unis et la Russie. Et tant pis si ce n’est pas tout à fait vrai, d’autres groupes rebelles étant bien plus puissants dans l’ancienne capitale économique de Syrie. Mais voilà, ce sont des islamistes et ils ne sont même pas «modérés», comme on dit pudiquement dans nos contrées. Bon débarras, en somme. C’est la population civile qui en paie le prix.

Des «modérés» et même des laïcs, il y en avait bien davantage en Syrie. Mais ces derniers six mois, ils ont été copieusement pilonnés par l’aviation russe puis frappés par l’armée syrienne ou ses supplétifs libanais ou irakiens sous commandement iranien. Au nom d’une prétendue «guerre contre le terrorisme», les amis de Bachar el-Assad se sont débarrassés de ceux qui auraient pu encore se battre pour une Syrie démocratique.

Et l’Occident bien-pensant, qu’a-t-il fait? Les Etats-Unis et leurs alliés européens veillent surtout à ne pas se laisser entraîner dans une nouvelle confrontation avec la Russie. La rébellion syrienne n’a pas été soutenue sérieusement, pas à un point qui aurait pu faire la différence sur le terrain. On a laissé les déçus se tourner vers les groupes islamistes, qui recevaient eux des financements. Au fond, on ne s’est attaqué qu’à l’épouvantable Daech, cet Etat islamique qui fait si peur à l’Occident. Sans toucher au régime Assad, qui fait pourtant davantage de morts en Syrie.

Morale de l’histoire? Il n’y en a pas, justement. La Russie se refait une carrure. L’Occident ne veut plus être va-t-en-guerre. Faut-il rappeler le coût humain exorbitant de l’intervention en Irak contre Saddam Hussein? Les Syriens ont voulu croire à la révolution. Ils sont bien les seuls.

Créé: 03.05.2016, 22h25

Andrés Allemand, rubrique Monde

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