Un appart abordable? Oui, mais à quel prix?

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Il est tout de même assez piquant de constater que, dans ce pays à majorité de droite où le niveau de vie est parmi les meilleurs du monde, il y ait si peu de propriétaires immobiliers (44% en Suisse contre 70% dans le reste de l’Europe). Les raisons sont multiples: le prix des objets, les conditions toujours plus compliquées pour obtenir une hypothèque, sans oublier que les PPE sont une construction juridique peu à même de résoudre les différends, lesquels ont tendance à se multiplier. Qui, s’il n’est pas lui-même confronté au cas, n’a pas entendu une anecdote hallucinante concernant un conflit entre voisins copropriétaires. Ou avec son promoteur.

C’est aussi un peu ça que vient nous rappeler la votation du 9 février prochain. Alors, c’est vrai, les loyers aussi sont souvent trop chers. En particulier en milieu urbain ou fiscalement favorable. Oui, c’est vrai aussi, il faudrait être un peu plus inventif dans les formes d’accès à l’habitation. Les coopératives – si on garantit qu’elles soient vraiment mixtes et pas uniquement destinées aux bobos en quête d’appartement subventionné indirectement par le contribuable sur fond de distorsion de la concurrence – sont par exemple une belle idée. Zurich, avec de surcroît quelques belles audaces architecturales, en est la preuve.

«Cette votation sur le logement, comme les précédentes, est d’ores et déjà frustrante»

Mais aujourd’hui, si ces loyers sont si élevés, c’est aussi parce que le prix global de la construction n’est pas seul en cause. Et qu’on y ajoute le coût d’un empilement administratif et procédurier. Dont les divers «frais de notaire» sur lesquels les politiques feraient bien un jour de se pencher. Surtout à l’heure où la technologie des blockchains pourrait bien simplifier les procédures des registres.

L’initiative, elle, présente ainsi deux points faibles. D’abord, le quota de 10% est unifié sur l’ensemble du territoire alors que les besoins diffèrent grandement suivant où on se trouve. Ensuite, elle présente les risques d’un frein réel à la transition énergétique, puisqu’elle empêcherait le propriétaire de répercuter sur le loyer le coût des travaux «verts» partiellement subventionnés par l’État.

En ce sens, le contre-projet du Conseil fédéral est une bonne idée. Par contre, le montant proposé – 250 millions sur dix ans - n’est absolument pas à la hauteur des enjeux. Bref, cette votation sur le logement, comme les précédentes, est d’ores et déjà frustrante. Parce que chacun, à droite comme à gauche, utilise les chiffres du marché qui servent sa cause. Et que, quel que soit le vainqueur, la situation restera tendue. La guerre des fronts pourra se poursuivre.

Créé: 01.02.2020, 12h30

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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