Aux armes de la paix, citoyens suisses

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

J’étais sûr de ne jamais écrire ça dans un éditorial. Mais oui, Didier Burkhalter me manque. Ou plutôt, il manque à la Suisse. Le Neuchâtelois vient d’ailleurs de m’envoyer son livre, «Mer porteuse». Qui parle «des tempêtes de la guerre» et de la «peine de mort». Il me l’a même dédicacé. De l’une de ces phrases pleines d’emphases et de métaphores qui faisaient le sel de ses discours un brin naïfs glorifiant le soleil et la nature: «La vie est mystérieuse comme une vague de l’océan».

Alors oui, en cette veillée d’armes où l’on se demande si la dictature de Damas – dans cette même Syrie où l’on a découvert récemment des grenades de fabrication suisse – va bombarder la dernière poche de résistance de l’État islamique en condamnant des milliers de personnes à la mort ou à l’exil, Didier Burkhalter nous manque. Parce que c’est lui qui faisait basculer la majorité du Conseil fédéral dans le côté raisonnable de la force. Son successeur tessinois, lui, a plutôt la main sur le porte-monnaie.

Il faut donc s’armer d’impatience face à la récente décision de la majorité des sept Sages d’encore libéraliser le marché des exportations en autorisant qu’elles se fassent, sous des conditions difficilement vérifiables, dans des pays en conflit civil. Au nom de quoi, véritablement? La branche fait un chiffre d’affaires annuel de près d’un demi-milliard. L’an dernier, Ruag a réalisé un bénéfice après impôts de 89 millions, Mowag appartient à l’américain General Dynamics qui est dans le noir pour près de 2,5 milliards. Le département défense de l’allemand Rheinmetall, qui comprend un site à Zurich, affiche également un résultat net en forte hausse en 2017 (252 millions d’euros). Et, sur les six premiers mois de l’année, la maison mère de Thales a réalisé, pour le 1er semestre 2018, un résultat net consolidé en hausse de 53%, à 457 millions d’euros.

Et pourtant, ce sont ces mêmes entreprises qui souhaitent avoir les mains plus libres pour parachuter leurs joujoux de feu. Avec un lobby puissant de dizaines de parlementaires membres du «Cercle de travail pour la sécurité et les technologies de défense». Groupe informel dont Guy Parmelin et Johann Schneider-Ammann firent partie en son temps. Sur le sujet, le CICR condamne notre pays dépositaire des Conventions de Genève. Alors oui, la résistance civile s’organise et le peuple revotera probablement sur la question, puisque l’initiative lancée il y a quelques jours a déjà récolté quelque 25 000 paraphes.

Créé: 15.09.2018, 08h10

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 22 août 2019
(Image: Bénédicte ) Plus...