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Le balcon, la trêve des confineurs

C’est bizarre, non, de n’avoir jamais autant scruté la météo alors que nous sommes confinés? Parce que, finalement, le balcon est devenu le dernier endroit empreint d’un relatif sentiment de liberté. Encerclé par une rambarde, on y applaudit la solidarité tous les soirs sur le coup de 21 heures. On y découvre ce voisin qui a déménagé juste avant d’être cloîtré chez lui sans qu’on n’ait même eu le temps de lui dire bonjour. J’y ai même déjà vu fleurir ce qui sera une future mara des bois. Et Casse-Noisette, notre écureuil fétiche, grimper sur l’arbre d’en face, plus téméraire que jamais dans une rue désormais déserte. Alors, pourvu qu’il fasse beau. C’est une échappatoire.

«Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port, Tant, à nous voir marcher avec un tel visage, Les plus épouvantés reprenaient leur courage!» écrivait Corneille dans «Le Cid». On peut inverser le processus pour l’odyssée du coronavirus qui nous réduit à la cellule minimale, à deux mètres supposés de distance les uns des autres. Ce rétrécissement spatial, cette réalité redessinée m’a renvoyé au théâtre. L’ancêtre du septième art n’avait en effet qu’une scène et des décors pour raconter alors que le cinéma n’a pas à s’affranchir de pareilles limites. Il n’est pas mort pour autant. Bien au contraire.

Poison de mars, poisson d’avril, l’art des planches revient donc en force ces jours-ci, sans faire de farces. En février, lors de mon dernier séjour à Paris, la Comédie-Française affichait complet. Si tu ne vas pas aux sociétaires, les sociétaires viendront à toi. Via ton smartphone, ta télévision connectée, ta tablette. À l’instar d’autres institutions d’ici et d’ailleurs. Mais, au temps de cette nouvelle peste, ni noire ni bubonique, il y a un vrai plaisir à déguster ces classiques souvent brillamment et délicatement pimpés. D’ailleurs «La double inconstance», dirigée par Anne Kessler, joue avec cette modernité. Un peu comme si l'on assistait aux répétitions. Le texte bien sûr, surtout quand c’est Marivaux. Mais aussi un grand écran miroir donnant les indications des séances de travail, des costumes dépareillés et Flaminia ou Arlequin filmés quand ils sortent du foyer pour rejoindre… un balcon!

Il y a donc du monde aux balcons de nos quotidiens. Sachant que l’on y sera forcément observé de près, on se met un peu en scène sans pour autant oublier notre propre rôle. Une docufiction en quelque sorte. Et si nous plongions dans l’histoire du mot suspendu? Cela pourrait nous faire peur. Balcon, selon le Littré, vient notamment de l’italien balco et du lombard balko. Soit la poutre et l’échafaud. Et retournons à Corneille: «Et du haut d’un balcon, pour calmer la tempête, Sur ses nouveaux sujets faisons voler sa tête.» Le roi virus est bientôt mort.

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