Bochuz et les défis de la prison du futur

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La solitude du directeur au moment de fermer les portes de sa prison. Si Wim Wenders cherchait une suite aux angoisses du gardien de but dans les années septante, il pourrait filmer ce métier décidément pas comme les autres. Sauf que, quand la fiction s’intéresse à eux, à l’instar de Jo Nesbø dans Le fils, c’est souvent pour leur donner le rôle du pourri de première classe.


A lire: La réinsertion va-t-elle finir aux oubliettes à Bochuz?


Dans la vraie vie aussi, le directeur de prison est rarement à la fête. Parce que ce que certains attendent de lui est souvent incompatible avec ce que d’autres souhaiteraient. Un conseiller d’État en charge de la sécurité, un prisonnier ou un maton n’ont forcément pas les mêmes besoins, les mêmes revendications, les mêmes attentes. Et dans les reproches faits au directeur des Établissements de la plaine de l’Orbe (EPO) et que 24 heures vous révèlent aujourd’hui, on perçoit aussi ces différences. À écouter détenus, personnel et politiciens, le numéro un de Bochuz cumulerait donc des tares d’autoritarisme, d’inhumanité, d’inefficacité, tout en faisant passer les objectifs de réinsertion à l’arrière-plan. C’est beaucoup pour un seul homme.

Muré dans sa prison et son silence, on ne saura pas ce qu’il en pense. Du moins pas pour l’instant. Mais un taulier en chef n’est pas forcément condamné à l’impopularité. Quand, début 2017, le Genevois Pierre Maudet transfère Constantin Franziskakis sur fond de dissensions avec son supérieur, ce sont les gardiens qui ont pleuré et crié leur colère de voir cet ancien éducateur quitter le navire de la plus grande prison de Suisse, celle de Champ-Dollon. Les hasards de l’actualité font qu’on découvre, chez nos confrères de L’Écho républicain, une liberté de parole chez un directeur de prison qui prend sa retraite. Régis Pascal est passé par Fresnes lorsque Jacques Mesrine mettait le feu à sa cellule ou que le bourreau venait chaque mois graisser la guillotine. Il raconte comment des détenus refusaient de prendre leur douche derrière d’autres par crainte d’être contaminés par le VIH. Ou «l’arrivée des parloirs sans séparation et la télévision. J’ai connu jusqu’à cinq détenus dans une même cellule, avec des matelas au sol en maison d’arrêt.» Un métier pas comme les autres en effet. Dans une société qui a le défi de punir autrement qu’au siècle précédent. (24 heures)

Créé: 16.12.2017, 00h15

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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