Bochuz, ou les dérives d’un système

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Depuis l’été dernier, la plus grande prison du canton de Vaud est en état d’alerte. Une soixantaine de détenus des Établissements de la plaine de l’Orbe (EPO) ont mis le feu aux poudres dans une lettre en dénonçant les pratiques «inégalitaires» d’une direction «absente». Des ex-collaborateurs et des témoignages de l’intérieur ont confirmé les dysfonctionnements. Désormais, la tête du directeur des EPO ne tient plus qu’à un fil. De là à dire qu’une prison s’apparente à un panier de crabes ingouvernable, il n’y a qu’un pas.


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D’ici ou d’ailleurs, des directeurs et ex-directeurs de prison ont accepté de parler de ce métier pas ordinaire. Oui, les EPO n’ont rien d’un camp pour gamins de bonne famille. Les criminels les plus dangereux en ont fait leur foyer.

Les clans sont connus de tous. La manipulation est un sport. La violence se côtoie à chaque instant. Et les problèmes psychiatriques habitent nombre de condamnés dont la place devrait être ailleurs. La prison, c’est cela. Un monde à part. Fait de parcours cabossés et d’étrangers sans autre perspective qu’un renvoi au pays. Une marmite dont il faut parfois faire habilement redescendre la pression. Des clés pour y maintenir la sérénité? Il en existe. Le respect, l’autorité bienveillante, l’égalité de traitement. Donner du sens à la sanction et valoriser le travail ardu des employés.

«Oui, les EPO n’ont rien d’un camp pour gamins de bonne famille»

Reste qu’aujourd’hui les critiques contre Bochuz dépassent les pratiques d’un seul homme. Lorsqu’on qualifie les directeurs de «pions» prêts à obéir aux ordres, lorsque les détenus dénoncent le quasi-abandon des formations, lorsque des employés et des hommes de loi se désolent d’un désintérêt pour la réinsertion au profit d’une bureaucratie dévorante, ils ne visent pas les EPO mais le vaisseau amiral. Celui qui décide de la politique pénitentiaire et de l’exécution des peines. Et qui de l’avis de criminologues reconnus a créé une machine sécuritaire mettant en péril le retour à la vie normale des détenus. Ce puissant Service pénitentiaire.

Mardi, le Grand Conseil votera pour ou contre la création d’une commission d’enquête parlementaire. Un faux débat tant l’outil importe peu. Osons regarder plus loin. Non pas en éjectant simplement un directeur dont l’erreur de casting paraît certes avérée. Osons remettre en question un système pénitentiaire en dérive. (24 heures)

Créé: 30.01.2018, 00h07

Pascale Burnier, rédactrice en chef adjointe

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