Le Bon Dieu n'était pas dans les gradins

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À l’Open d’Australie, ces deux dernières semaines, on a encore vu passablement de tennismen et women faire ce geste étrange: au début ou à la fin du match, vainqueurs ou perdants, ils se sont signés, parfois en embrassant la petite croix suspendue à leur cou, très souvent en lançant un regard vers le ciel. Répandu aussi sur les terrains de foot, les rings ou les pistes cyclistes du monde, ce petit rituel millénaire reste fort à propos dans une chapelle, mais a, quand on y pense, vraiment de quoi interpeller dans un stade.

On ne va pas tenter de résoudre ici la question de l’existence de Dieu. (On peut dire des tas de choses en 2000 signes, mais il y a des limites.) Pourtant, ne peut-on pas avancer de manière assez certaine que, s’il existe une force supérieure, omnisciente et créatrice de toutes choses, ladite entité n’en ait pas grand-chose à cirer du résultat d’une partie de tennis? Il est l’heure d’affronter cette vérité cruelle, Juan Martin Del Potro, Simona Halep et les autres: entre veiller à l’évolution des espèces, s’assurer de la bonne marche cosmique des astres, garder un œil sur le cycle des marées tout en arbitrant la lutte permanente du bien contre le mal, le maître des cieux est vraisemblablement peu à même de se pencher sur la régularité de votre première balle de service.

Les athlètes pieux rétorqueront peut-être que là n’est pas la question: Dieu est amour, il nous accompagne à chaque pas de nos vies, il n’a pas besoin de diviser son attention pour être partout. D’accord. Mais alors, sa bienveillance ne devrait-elle pas se tourner de manière égale vers l’adversaire? Parce que, hein, ne nous faîtes pas croire que le tout-puissant est invoqué juste pour vous aider à donner le meilleur de vous-mêmes ou par simple gratitude de pouvoir participer: la question pour un sportif restera toujours de gagner le match. Serena Williams ou, il y a quelques années, Michael Chang le savent bien, qui ont remercié sans chichi le Seigneur pour leurs grandes victoires. S’agit-il donc, en faisant le signe de croix, de bien montrer de quel côté du filet se trouvent les ouailles, qu’on ne se trompe pas là-haut au moment de distribuer les gommettes? On aurait envie, du coup, de poser la question suivante: s’il faut croire à un ordre divin, ne vaudrait-il pas mieux mettre sa foi dans les mains d’un créateur qui n’aurait pas la bassesse de choisir des petits chouchous sur un terrain de sport? (24 heures)

Créé: 26.01.2018, 19h42

Grégory Wicky, journaliste

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