Les bonnes raisons des raisins de la colère

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Il y a quelque chose d’assez bouleversant à voir le monde viticole réagir si fort face à l’affaissement continu des affaires. Parce que, franchement, s’il y a bien une profession de la terre qui a su réagir pour gagner en qualité, en souplesse, en écologie et en parité – les femmes de plus en plus nombreuses à reprendre des domaines –, c’est bien celle-là.

Même le pape de la mondialisation du goût, l’Américain Robert Parker, note de mieux en mieux les crus d’ici. Ceux qui viennent d’arpenter les coteaux savent que cette vendange fut compliquée, qu’il a fallu égrapper des fruits en plus de ceux qui avaient déjà été mis au sol pour respecter les quotas et arriver à un millésime qui s’annonce exceptionnel. Comme celui de l’an dernier. Mais qui ne se vendra pas assez pour faire vivre ceux qui travaillent le cep.

On en vient donc ici de nouveau à l’incontournable loi de l’offre et de la demande. Oui, les grands acteurs du marché et le monde politique doivent trouver des recettes pour que le milieu puisse survivre à une crise désormais structurelle. Il n’y a qu’à voyager dans les pays viticoles qui nous entourent pour constater que leurs supermarchés et établissements publics jouent davantage que nous la carte du vin indigène.

La jeune génération de vignerons en appelle au ministre de tutelle, Guy Parmelin, en bousculant, comme mercredi soir lors d’une réunion spontanée à Saint-Livres, ses propres organismes faîtiers. Un peu comme Extinction Rebellion court-circuite les partis écologistes. Mais, stratégiquement, le conseiller fédéral devra vignoler et fignoler entre ses objectifs de libre-échange et ceux d’un éventuel contingentement sur le vin étranger. Avec, parfois, les mêmes partenaires économiques.

Il est aussi temps de renvoyer le consommateur local à ses responsabilités et contradictions. Lui qui aime verdir son vote et les circuits courts ne doit pas céder au premier Crianza à l’opulence un peu vulgaire pour moins d’une thune la bouteille. Parce que vendanger à la main dans une vigne pentue est forcément plus cher que de le faire mécaniquement dans certaines plaines de la Rioja. Boire moins, boire mieux, boire local. Au protectionnisme souhaité, ajoutons un certain patriotisme. En reciblant la clientèle de Zurich en plus de celle de Tokyo.

Créé: 31.10.2019, 22h25

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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