Pourquoi c’est l’heure du «vieux gauchiste»

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Samedi, sauf surprise, les travaillistes britanniques se choisiront un nouveau leader inattendu. Jeremy Corbyn, 66 ans, n’a pourtant rien de nouveau, et pas grand-chose d’un leader. Mais l’avènement de ce pacifiste, représentant d’une gauche «à l’ancienne», répond à une logique que personne à la direction du Labour n’avait pressentie après la débâcle électorale de mai dernier.

L’écrivain anglais Jonathan Coe, féroce critique du New Labour, le disait bien, il y a une semaine à Morges: l’héritage blairiste est encore plus détesté qu’avant. Il faut dire qu’après une période inédite de treize ans au pouvoir les travaillistes sont tombés de Charybde en Scylla. L’origine de la chute se cristallise autour des mensonges du gouvernement Blair sur l’Irak, il y a douze ans.

«Jeremy Corbyn n’est pas Tsipras, et le Royaume-Uni n’est pas la Grèce»

Mais cet épouvantail, aussi important soit-il, masque l’essentiel: tant qu’il pouvait compter sur une conjoncture positive, le parti remodelé novateur et centriste gagnait sur les deux tableaux, dépensant des milliards dans l’amélioration du système de santé et des transports, et séduisant la City à coups de dérégulation et de baisses d’impôts. Même entaché du péché irakien, le charisme de Tony Blair faisait la différence. Son double, ami-ennemi et successeur Gordon Brown, aussi brillant fût-il, passait moins bien. Il a surtout subi la crise financière, puis la crise tout court, et payé l’usure d’un pouvoir qui, comme tant d’autres, s’était coupé des réalités de la large base qui l’avait élu. Le ressac a été à la hauteur des espoirs de 1997.

Après l’erreur de casting Ed Miliband, à la stratégie illisible et au discours louvoyant, la gauche britannique cède à la tentation de la grande lessive, et jette le bébé avec l’eau du bain. D’autant plus aisément que les autres candidats à choix sont de bien pâles copies du blairisme triomphant.

Mais Jeremy Corbyn n’est pas Tsipras, et le Royaume-Uni n’est pas la Grèce. Sa probité intellectuelle, la constance de ses idées (certains parleraient de rigidité), son image totalement découplée de l’establishment et du flirt avec les puissants propulsent Corbyn en incarnation d’un avenir différent, alternatif même. Passé le grand soir, il devra se positionner sur l’Europe, et montrer sa capacité à rassembler au-delà de la gauche de la gauche. Il y a dix ans, les néo-travaillistes rêvaient de confiner les conservateurs aux marges de l’extrême droite. C’est juste l’inverse qui risque d’arriver.

(24 heures)

Créé: 11.09.2015, 21h36

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.