Ce muséal qui Rumine le lausannocentrisme

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En matière de décentralisation muséale, les ministres de la Culture vaudois sont comme les présidents français. Ils disent tous être attachés à la cause périphérique, mais, dans les faits, peu de choses éclosent hors les murs du chef-lieu. Mardi, Cesla Amarelle n’a pas échappé à la règle. Il y en a eu gros, vite et beaucoup pour Lausanne. Passionnément moins pour les autres régions.

Oui, on est heureux que Rumine ait gardé un avenir après le départ des Beaux-Arts. Ce gros gâteau à la crème néorenaissance, on a appris à l’aimer. On adore le ludisme désuet – menacé de disparition par sa conception future – de son Musée de zoologie. On salue l’intention patrimoniale de restaurer le palais dessiné par Gaspard André dans son jus historique. Mais, sans que la grande majorité ne s’en offusque, le «pôle» historico-archéologique aurait pu déménager à Avenches et y rejoindre le futur musée qui pourrait se bâtir à côté du théâtre antique. En matière de décentralisation, l’impression qui domine est que les dés sont pipés. Un peu comme lorsque Morges ou Yverdon, pour ne citer qu’eux, avaient postulé pour accueillir le nouveau MCBA en sachant qu’ils n’avaient sans doute pas l’ombre d’une chance.

Les locataires de Rumine, d’ailleurs, attendront un peu eux aussi leur «palais des savoirs». Que l’on finisse de construire un bâtiment pour un musée lausannois – le Mudac – alors qu’on aurait dû, potentiel oblige, y mettre la Collection de l’art brut. Ils attendront aussi la finalisation d’une nouvelle institution dédiée aux arts du bâti. Hors de la capitale pourtant, combien de «pôles» en phase avec l’histoire et la vie de ce canton doivent se débrouiller avec des bouts de ficelle que les communes peuvent et veulent leur donner. Pour le Léman, c’est la seule ville de Nyon qui finance un patrimoine qui va bien au-delà des frontières de notre canton (Genève, Valais, Haute-Savoie). Pas grand-chose non plus pour le Musée Eugène-Burnand de Moudon dont le Canton propriétaire des murs veut l’en expulser. On pourrait ajouter celui de la vigne et du vin à Aigle ou de la mode à Yverdon. Ou encore la Villa romaine à Pully – sans équivalent en Helvétie de l’époque – qui se meurt dans ses moisissures à force que sa rénovation soit remise aux calendes grecques. Pendant ce temps, le Département de l’économie octroie des prêts sans intérêt à des musées privés, comme celui de Chaplin (10 millions) ou d’Aquatis (10 millions aussi). Sans les collectivités locales, sans les soutiens privés, nombre de coins vaudois seraient des déserts muséaux.

Créé: 28.06.2019, 19h47

Claude Ansermoz, Rédacteur en chef

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