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EditorialAussi confiants que possible

Ils repartent pour l’école, douze kilos de bouquins sur le dos et la banane aux lèvres. Confiance. Mais la cour ne ressemble plus à leur espace de retrouvailles turbulent. Méfiance. En rangs par demi-classes, ils regagnent les pupitres et s’installent dans une classe où les enseignants débriefent dans un silence aussi inédit qu’inquiétant. Circonspection.

Sur le quai de gare, un gilet orange surmonté d’un demi-visage vous propose un masque d’une main gantée. Prudence. Mais dans les wagons impeccables, des voyageurs face nue se partagent une rame, chacun son compartiment. Sûreté.

En ville, les trottoirs sont assez larges pour le cortège clairsemé des chalands. Calme. Aux guichets des administrations, l’accueil est masqué, mais il n’y a guère de passage pour piétiner le marquage au sol ou entamer le distributeur de désinfectant. Réserve. Pareil dans la plupart des commerces, souvent plus emplis de vendeurs que de clients. Précaution. Aux devantures des bistrots, les tenanciers finissent d’aménager leur terrasse, scrutant le retour des habitués. Trac. Ce midi, pas grand monde pour jouer à cache-cache entre parois de plexiglas et rideaux de douche, mais devant les assiettes, des sourires témoignent que l’utilitaire menu du jour sert aussi sa part de convivialité. Joie.

«Ce monde n’a pas l’attrait de notre normalité, nous nous y aventurons timidement»

Voilà donc à quoi ressemble ce moment tant craint et tant attendu. Ce monde n’a pas l’attrait de notre normalité, nous nous y aventurons timidement. Au nom de l’économie, certes. Et aussi du plaisir à renouer des liens, à quitter un cocon tantôt rassurant, tantôt oppressant. Nous redoutions que le message de déconfinement progressif ne soit mal interprété, ne programme une ruée inconsidérée vers la vie d’avant. Il n’en a rien été. Comme si la parenthèse cloisonnée nous avait appris à jongler entre responsabilité individuelle et bien commun.

Avons-nous raison de croire en nos autorités en cette période d’incertitude? Apparemment autant qu’elles ont raison de croire en nous. L’impact des efforts collectifs sur la courbe épidémiologique a déjà prouvé que la discipline générale paie. Alors reprenons le cours de nos vies, aussi confiants que possible, aussi méfiants que nécessaire.

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