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T’as fait quoi en confinant?

Reclus, les Français n’ont grossi que de 84 grammes, moins que les Italiens (195 g), les Allemands (189 g), les Britanniques (160 g) ou les Espagnols (117 g). La maison Withings, qui publie ces chiffres, vend des pèse-personnes et ne donne rien sur les Suisses. Au-delà de l’imprécision du sondage, il y a de quoi fantasmer sur cette diététique meilleure où le commun des mortels a tenu en brèche les grignoteurs de chips en cuisinant maison des produits locaux.

Car à l’heure de la libération prochaine la question rôde: qu’avons-nous fait de ce Grand Confinement, quels progrès tirer de l’expérience, qui pourrait consoler des malheurs engendrés? Savez-vous enfin fabriquer du levain avec du seigle et de l’eau? Avez-vous bouclé «La Recherche» de Proust? L’intégrale de De Funès a-t-elle soudé la famille autour d’un même écran? Votre boss en T-shirt au briefing du matin vous a-t-il convaincu des vertus du télétravail? Ici et là, les témoignages fusent déjà, avec des remises en question virales. Tiens, la boulangerie à Mézières fait du bien meilleur pain que moi, inutile d’en faire un drame.

«La boulangerie fait du bien meilleur pain que moi, inutile d’en faire un drame»

Le Grand Confinement a rendu aussi exigeant que lucide. Ainsi, d’avoir «écorniflé» les idées de Montaigne dans ses «Essais», exemple au hasard, ouvre des horizons. Cet honnête homme s’était reclus dans son château au XVIe siècle pour s’examiner le nombril et, ainsi, mieux comprendre l’humanité. «Je n’ai affaire qu’à moi, je me considère sans cesse, je me contrôle, je me goûte…» Le penseur n’avait pas pris un gramme, allègre en toute activité, et même dans la nécessaire oisiveté propice à la réflexion. Une fois apprivoisée, la lenteur sait se rendre indispensable.

Quoi qu’il nous soit arrivé ces dernières semaines, il va falloir sortir de la bulle. Folâtrer avec Montaigne sur des oreillers de paresse ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Comme risquent d’ailleurs de fondre ces bourrelets d’altruisme qui ont arrondi les contacts humains, ou de disparaître cette familiarité superficielle née sur une Toile où stars et anonymes se croisent à la cuisine. L’autre jour, une chanson inédite, pas du bricolage «coronaviral», a claqué dans le brouhaha. Les Rolling Stones ne l’ont pas improvisée pour une quelconque bonne cause mais arrangée en vue de lancer leur prochain album. Ce «Living in a Ghost Town», visionnaire dans des villes fantômes qui ne le seront bientôt plus, donne une furieuse envie de se remettre en ménage avec les septuagénaires. Si rien ne sera plus jamais comme avant, ça risque d’y ressembler très fort.

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