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Aujourd’hui, tout le monde connaît la musique, du moins la sienne... Mais celle des autres, c’est un autre enfer, pour paraphraser Sartre. A l’heure de boucler les comptes annuels de l’industrie musicale, de nombreux sites, journaux, revues spécialisées, se piquent au jeu de livrer leur panthéon de l’année écoulée. Les Top 50 le disputent aux Coups de coeur de la rédaction – et «24heures» ne déroge d’ailleurs pas à l’exercice – mais force est de constater que le vieux fossé entre la critique et le public ne cesse de se creuser.

La consommation sur les plateformes numériques, qu’elles soient gratuites ou payantes, a remis le bon vieux single en selle et le 21e siècle retrouve des joies que la disparition du 45 tours avait enterrées. Sauter d’un titre à l’autre et d’un artiste au suivant est devenu la nouvelle norme. Une écoute sans plus aucun lien avec la notion d’album et qui ne se soucie le plus souvent même pas de savoir quel est le musicien (ou la pop star) qui sort du chapeau des algorythmes de certaines plateformes, avec un glissement insidieux vers les morceaux les plus écoutés – car si cela plaît à presque tout le monde, pourquoi pas à vous? Des chansons comme «Despacito» deviennent ainsi les plus écoutées au monde (en milliards de streams...) et si vous n’avez retenu ni son nom ni celui de l’artiste, ce n’est pas grave!

Sauter d’un titre à l’autre et d’un artiste au suivant est devenu la nouvelle norme

Prenant toujours plus le contre-pied de cette tendance à la massification de l’attention, les spécialistes se piquent de dénicher les artistes les plus méconnus, les plus «hipsterisés», de la planète. Les listings de fin d’année ressemblent ainsi de plus en plus à la décoration d’un sapin de Noël venu de l’espace, pour ne pas dire de l’hyperespace. Ni Johnny Hallyday ni Bruce Springsteen ne risquent ainsi de se retrouver sur un podium dont tout le monde se fout comme de son premier morceau écouté sur le Net.


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Heureusement, à l’écart de cette «Music for the Masses» épinglée par le titre d’un album de Depeche Mode, chacun demeure libre de se lover dans sa niche et de ronger son os sans presque aucune limite d’accès aux musiques même les plus confinées et érudites. Connaître une musique, mais la connaître vraiment, peu importe laquelle, c’est d’ailleurs tout le mal qu’on vous souhaite.

Créé: 30.12.2018, 13h04

Boris Senff, rubrique Culture et Société

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