Tout consigner, tels des Bénédictins

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Il avait 17 ans, pas de père. Sa seule figure paternelle: l’abbé Frochaux, qu’il connaissait depuis ses 11 ans. A-t-il recherché l’affection de son mentor? Très certainement, comme le font souvent la grande majorité des enfants à qui manque un parent et qui souffrent de ce fait d’une forme «d’abandonite». Même si tel a été le cas, aurait-il fallu pour autant considérer ce jeune (qui a aujourd’hui le sentiment d’avoir été violé) comme «entreprenant», comme l’a écrit l’abbé Frochaux? Non, en aucun cas. Un adulte doit le savoir, surtout face à un mineur qui a moins que la moitié de son âge.


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Ces questions étaient évidemment moins prégnantes à l’époque des faits, il y a une vingtaine d’années. Désormais, notre société est en train de comprendre qu’elle doit réenvisager les contours de la définition du consentement (le récent livre éponyme de Vanessa Springora nous y engage aussi). Un jeune sous l’emprise d’une autorité tant paternelle que religieuse, qui lui offre par ailleurs des moyens de subsistance en le rémunérant pour jouer de l’orgue, peut-il être considéré comme capable de donner un consentement éclairé à un acte sexuel avec cette personne? Évidemment pas, d’autant que cela peut tomber sous le coup de la loi, même si l’abbé reste présumé innocent.

Les victimes d’abus peuvent mettre des années à comprendre pourquoi elles souffrent de toutes sortes de maux ou ont des comportements excessifs, parfois dangereux pour elles-mêmes. Après les événements de Torgon, la victime présumée n’a attendu que deux ans pour écrire et demander à l’évêque de la recevoir. Cette lettre a disparu et le procès-verbal de la confrontation est laconique. Il n’y a plus trace non plus de la rencontre entre le jeune homme et Mgr Genoud.

«Notre société doit réenvisager la définition du consentement»

On voit là que le chemin que doit encore parcourir l’Église est immense. Car le prix de la transparence passe forcément par un travail de bénédictin, à la façon de moines copistes: celui de tout consigner, de tout archiver minutieusement et de ne rien laisser passer. D’agir tout de suite et de produire les pièces «justificatives» à l’opinion publique. La seule voie pour retrouver la confiance de citoyens et de fidèles, dégoûtés par tant d’années de divers crimes cachés.

Créé: 05.02.2020, 22h31

Stéphanie Arboit, journaliste Vaud & régions

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