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Crypto AG, l’espion toléré par Berne

Les révélations sur le rôle de la société CryptoAG, cette firme zougoise spécialisée dans le matériel de chiffrement, sont stupéfiantes. Pendant près de cinquante ans, une société suisse a livré du matériel permettant aux États du monde entier de protéger le secret de leurs réseaux de télécommunication, tout en fournissant un double des clés aux services de renseignements allemands et américains. Des milliers d’entreprises privées ont probablement utilisé les services de CryptoAG pour transmettre des dossiers sensibles à leurs filiales à l’étranger. Ce qu’on soupçonnait au début des années 1990 était donc vrai.

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La bonne Suisse, neutre, non alignée, hébergeait en réalité une quasi-agence des services de renseignements alliés. Il est fort probable que CryptoAG poursuivait deux types d’activités, certaines irréprochables et d’autres ultrasecrètes sur lesquelles la Suisse officielle a fermé les yeux, au nom d’une neutralité sous dépendance de l’OTAN.

«Ce qu’on soupçonnait au début des années 1990 était donc vrai»

Les doutes sur CryptoAG sont devenus flagrants avec la crise iranienne, où Téhéran découvre qu’on écoute ses transmissions. Ils se confirment quand certains fabricants de composants électroniques avouent être sous pression des États-Unis pour incorporer des puces espions, des portes d’entrée leur permettant d’intercepter ou d’écouter des flux de télécommunications. Au milieu des années 1990, l’administration Clinton a même tenté d’imposer au monde entier un standard commun de chiffrement, pouvant être brisé par les services de renseignement en cas de soupçons criminels. Depuis, l’encryption des données s’est démocratisée. À tel point que protéger ses informations en les chiffrant est devenu à la portée de tout un chacun.

Mais l’histoire n’est pas terminée. Plusieurs pays, le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Inde, la Chine ou l’Australie planchent sur des lois qui permettraient aux agences de sécurité de décoder, à leur convenance, les informations cryptées. Le conflit qui oppose la firme chinoise Huawei à l’administration du président Trump porte précisément sur le soupçon que des puces embarquées indésirables seraient dissimulées dans les équipements made in China. En matière d’espionnage, la réalité rattrape souvent la fiction.

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