Désobéir civilement. Et démocratiquement?

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Merci. Merci à Roger Federer, à Philippe Colelough, à Éric Cottier, à Philippe Nantermod et à Raphaël Mahaim. Et, bien sûr, aux grévistes du climat. Oui, merci. Parce que ces jours-ci on est en train de débattre fondamentalement. De notre avenir, de notre bien-être, des racines de notre société. Bref de notre démocratie.

Les collisions de l’actualité sont parfois brûlantes. Alors que notre tennisman adulé s’apprête à taper ses premières balles en Australie en risquant d’étouffer sous la fumée des bushfires, les activistes qui avaient dénoncé, dans les locaux du Credit Suisse, son partenariat avec la banque ont été blanchis par la justice. Un verdict rendu par un président PLR lausannois qui a notamment suivi les plaidoiries d’un avocat et député des Verts. Un verdict contesté politiquement, surtout par un conseiller national chablaisien, PLR lui-aussi mais beaucoup plus «libéral». Le procureur général du Canton de Vaud, tout aussi radical, a fini par recourir.

Le débat donc. Le climat et sa dégradation scientifiquement prouvée sont-ils un motif suffisamment crucial pour que l’on puisse s’affranchir de certaines lois pour les dénoncer ou les combattre? Ces mêmes lois sont-elles adaptées à l’actualité caniculaire et persistante? Bref, dans le cas qui nous occupe, il y aurait quelque part un état d’urgence tellement inquiétant que l’on pourrait, selon la décision du tribunal et pour autant que l’on reste civilisé, désobéir civilement. Une question de proportion donc.

Nécessité fait-elle loi? La fin justifie-t-elle les moyens? Et, si le climat est une cause supérieure, faut-il renoncer aux plaintes contre ceux qui brisent ou taguent les affiches publicitaires au nom de la décroissance? Ou celles des animalistes qui enlèvent des bêtes pour qu’elles ne finissent pas à l’abattoir? En sachant que manger végane pollue nettement moins que ruper du bœuf élevé aux hormones dans une pampa uruguayenne qui s’assèche à force d’y pratiquer l’élevage intensif? Et puis à l’urgence climatique il faudrait en ajouter d’autres. En matière de migrations, de retraites, de social, de santé, de répartition des richesses. S’il faut à chaque crise tomber dans l’illégalité pour faire avancer le débat, jusqu’où serions-nous prêts à l’accepter sans tomber dans le clivage permanent ou enfiler un gilet jaune?

Alors, oui, bien sûr que la justice est politique. Elle est bien obligée de suivre les évolutions de la société. On ne juge plus aujourd’hui comme il y a cinquante ans. Et heureusement d’ailleurs. Dans ce sens, Éric Cottier a parfaitement raison de vouloir pousser cette décision jusque dans ses retranchements. Et on n’est honnêtement pas certains que le Tribunal fédéral décide que ce soit la loi qui doit se conformer au comportement «désobéissant». Et s’il faut faire évoluer la loi, c’est au citoyen – et à ses représentants politiques – de le faire. La démocratie directe, c’est ça.

Créé: 17.01.2020, 23h27

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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