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L’enfer, les autres, le PQ et moi

Pendant qu’une bonne partie de l’humanité se désole de son enfermement plus ou moins volontaire, je suis bien obligé de vous avouer que je m’en réjouis, avec modération certes, mais sans l’ombre d’un doute. Pourtant, en trois semaines, je ne me suis transformé ni en lecteur obsessionnel – un essai philosophique et une BD m’ont suffi – ni en visionneur compulsif – un vieux DVD a été ma seule concession cinématographique face aux prescriptions hystériques de streaming. Hors nos intérieurs qui semblent parfois manquer d’intériorité – puisque chacun chercherait à s’en évader – un ordre social subsiste pourtant. Je ne parle pas du fantasme de rues totalement désertées que fendrait parfois la sirène d’une ambulance, mais bien de ces espaces où l’on croise encore du monde en allant chercher son pain ou ses bouteilles de rouge – car un confinement, c’est aussi l’occasion de picoler… Et là, sans multiplier les incartades aux sages consignes de notre Conseil fédéral, force m’a été de constater que l’amour de mon prochain n’avait pas pris l’ascenseur (lieu d’ailleurs propice à la contamination).

«Sortez, et tant d’occasions de détestation s’offriront à vos yeux»

L’extérieur n’est-il pas devenu un immense terrain d’incivilité puisque s’y trouver c’est déjà rompre avec le principe de précaution? Attroupements de jeunes s’exclamant en face-à-face rapprochés (avant de se disperser dans leurs foyers respectifs), personnes âgées quêtant l’euthanasie virale sur les trottoirs, propos de passants relayant les pires fake news ou un je-m’en-foutisme assumé… Sortez et tant d’occasions de détestation s’offriront à vos yeux et à vos oreilles, ces ouvertures à la connerie virale.

Seul avantage de la situation, les trains se vident, revenant à des jauges proches de celles expérimentées dans les années 1970, même si, là encore, parmi les voyageurs raréfiés, les tousseurs fous sont légion, ne sachant que faire de leurs mains et encore moins de leurs coudes. Le supermarché, ce temple contemporain, ne revigore pas la confiance dans le genre humain, lui non plus. Les rayons de papier-toilette dévastés vous rappelleront que le premier souci de la civilisation actuelle semble être de vouloir se frotter le cul avec du papier, diabolisant ainsi l’usage de l’eau.

Si mon confinement peut me protéger du corona, il me préserve surtout de la bêtise ambiante, fléau beaucoup plus terrifiant, et, lorsque je ferme ma porte avec la perspective de ne pas la rouvrir pendant de longues journées, j’ai l’assurance de ne plus avoir à subir l’enfer des autres.

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